Archives du mot-clé Economie

Economie : Le dollar américain franchit la barre de 1.300 francs congolais

La monnaie nationale est en perte de vitesse face à la devise américaine. Des mesures urgentes s’imposent pour sauver ce qui peut encore l’être.

L'Institut d'émission indique également que la faible mobilisation des recettes et la rigidité des dépenses ont occasionné un déficit cumulé des opérations financières de l'Etat d'environ 520 milliards de francs congolais, au 28 décembre 2016.
L’Institut d’émission indique également que la faible mobilisation des recettes et la rigidité des dépenses ont occasionné un déficit cumulé des opérations financières de l’Etat d’environ 520 milliards de francs congolais, au 28 décembre 2016.

Le franc congolais continue son chemin de la croix face au roi dollar américain. Depuis hier mercredi 11 janvier, le dollar américain se change contre 1.300 francs congolais. Une dépréciation qui bouleverse plusieurs données, notamment dans le monde des affaires. A la Banque centrale du Congo (BCC), le taux indicatif est fixé à CDF 1. 212 à l’achat et CDF 1.361 à la vente. Au marché parallèle, 1 USD se négocie respectivement à 1 303 CDF à l’achat et à 1 325 CDF à la vente. Conséquence : le pouvoir d’achat de la population ne fait que s’étioler.

Selon les statistiques de la BCC, le marché des biens et services est marqué par d’intenses tensions inflationnistes depuis le deuxième trimestre de 2016. A mi-décembre, le taux d’inflation s’est établi à plus de 7,0% en glissement annuel, contre un accroissement de 0,8% en 2015 et 1,0% en 2014. Le cours indicatif du franc congolais a atteint 1 215 le dollar américain fin décembre 2016, accusant ainsi une dépréciation de 25% en seulement douze mois. Poursuite de la dégringolade !

 Selon les analystes, le pays évolue dans un contexte de ralentissement de l’activité économique à l’interne et du recul des exportations vers l’extérieur.

« En l’absence de marges budgétaires confortables, cet état des choses a entraîné d’importantes injections de liquidité, alors que les chocs extérieurs ont induit une contraction importante de l’offre des devises, face à une demande en expansion pour les besoins d’importation. Cette situation a exacerbé les tensions sur les marchés des changes ainsi que des biens et services », a déclaré le gouverneur de la BCC il y a quelques jours.

De l’avis des experts, il va de soi que si cette situation perdure, les mesures préconisées et appliquées par la BCC n’auront pas été suffisantes dans leur efficacité afin de venir à bout de cette dépréciation effrénée de la monnaie locale.

« Si la Banque centrale a pu, l’an passé, opérer cinq interventions sur le marché interbancaire des changes pour un montant total de 250 millions USD, à cette allure inquiétante, nous devons craindre qu’elle n’ait plus de moyen d’intervenir efficacement cette année, au regard de l’effritement des réserves de change plafonnées à 870 millions USD fin décembre 2016 », a commenté un analyste sur les colonnes du magazine zoom éco.

 Malgré la hausse du taux directeur (qui est passé de 2 à 7%) et du capital minimum des banques commerciales (de 10 à 30 millions USD) afin de permettre à la BCC de compléter les moyens de ses interventions, ajoute l’expert, tout cela ne marchera pas tant que le gouvernement continuera à financer son déficit par la création monétaire.

«Selon mes estimations, il faut laisser l’inflation augmenter jusqu’à son seuil maximum de 9,5%. Tel un mal nécessaire, l’inflation active la croissance économique. C’est comme un accélérateur du véhicule. On accélère en sortant du parking et on régule l’accélérateur en fonction de la route à emprunter : autoroutes, montagnes, boulevards, quartiers… . Toutefois, cela exige une connaissance théorique pour mieux s’en servir », a préconisé l’expert.

Nord-Kivu : L’effondrement du pont Semliki détériore l’économie dans le Grand-Nord

Le pont qui permettait de franchir la rivière Semliki au sud-est de Béni s’est effondré au passage d’un camion de marchandises la semaine dernière. Conséquence, les villes de Butembo et Beni restent coupées de l’autre rive du territoire de Beni, frontalière à la l’Ouganda. Les prix explosent dans la région.

pont-2
Un camion dans les eaux de la Semliki après effondrement du pont. (Ph. Tiers)

Butembo et Beni, mais aussi les régions environnantes, notamment la grande partie de l’ex-province Orientale, de l’ex-Equateur et toute la partie nord du Nord-Kivu sont dépendants de transafricaine numéro 8 reliant le port de Mombassa au Kenya à celui de Lagos au Nigeria. Ce couloir important jonchant la RDC via la route national numéro 4, constitue un des axes importants du Corridor Central COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe), long de 1 300 kilomètres, dont font partie le Burundi, la République démocratique du Congo, le Rwanda en Afrique Centrale ; mais aussi la Tanzanie et l’Ouganda en Afrique Orientale.

L’effondrement du Pont Semliki est la raison principale de l’explosion des prix sur les marchés, dans cette partie orientale de la RDC, dépendante de l’énergie pétrolière, faute d’autres sources. Cette hausse des prix est constatée à Butembo et environs. « La chute vertigineuse du franc congolais en est aussi l’une des raisons majeures », explique Kule Vuhimbwira de la Fédération des Entreprises du Congo.  Actuellement, le dollar américain frôle les 1500 Francs Congolais, contre 930 F, en septembre 2016. Lire la suite Nord-Kivu : L’effondrement du pont Semliki détériore l’économie dans le Grand-Nord

Butembo : Folie des hauteurs – De grands édifices pour quel investissement ?

Dans la ville de Butembo, à 300 Km au Nord de Goma (capitale provinciale du Nord-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo) des grandes maisons s’érigent, des gros espaces de terre sont achetés. Si certains y sentent l’expression d’un essor économique, d’autres y voient un gaspillage des capitaux car ne pouvant assez produire eu égard aux investissements dépensés pour leur érection.

Immeuble « BAL » sur avenue président de la République – Seul le premier niveau est exploité.

En plein centre-ville de Butembo trônent des immeubles à trois ou cinq niveaux. Dans la majorité de ces immeubles, seules les cham­bres du rez-de-chaussée sont habitées pour des activités commerciales. Le reste de chaque bâtiment est inhabité, inoccupé. Aucun ser­vice n’y fonctionne, aucun habitant n’y réside. « Ca m’enchante moi. Ces constructions augurent le dévelop­pement. Il faut des gros bâtiments comme ceux-là pouvant contenir le maximum des gens possibles pour les échanges. Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure d’occuper ces cham­bres qui nous ont déjà préparées», re­grette Muhindo John, émerveillé devant la bâtisse de la Galérie Tsongo de Butembo.

Depuis la fin de la guerre, des opérateurs économiques se sont lancés dans l’immobilier. De maisons sortent de terre dans tous les quar­tiers. Kambasu Matembela, agent au ser­vice de tourisme à Butembo explique qu’à partir du moment où la beauté de ces maisons embellissent la ville, c’est une bonne chose. Pour l’historien et chef des travaux Kahindo Kambalume, ce sont ces bâtiments qui reflètent le chiffre d’af­faire de telle ou telle personnalité. «C’est lié à la culture locale. Ici chez nous on vous respecte par rapport à l’étendu de votre terrain, à la taille de votre maison… Peu importe ce que cela rapporte», insiste-t-il. Lire la suite Butembo : Folie des hauteurs – De grands édifices pour quel investissement ?

#Kinshasa : La #bancarisation de la paie de #fonctionnaire crée des longues files dans les institutions financières

Remplaçant la paie à la caisse reprochée de plusieurs irrégularités, la paie des fonctionnaires de l’Etat via les guichets des banques n’a pas apporté que bonheur à ses bénéficiaires. Des longues files d’attentes devant les guichets, des petits pots de vins aux vigiles et guichetiers remplacent peu à peu tant de maux reprochés aux comptables d’Etat avant la bancarisation de la paie à Kinshasa en République démocratique du Congo.

Image

C’est devenu coutume : chaque fin du mois, les guichets des banques sont envahis par fonctionnaires, policiers, militaires, etc. C’est la paie du personnel de l’Etat. La paie par voie bancaire est une nouvelle pratique en République Démocratique du Congo. Depuis l’époque coloniale, les entreprises et services publiques de l’Etat payaient les salaires de leurs fonctionnaires par l’entremise d’un comptable d’Etat ou à la caisse comme c’est encore le cas dans certaines entreprises privées de Kinshasa et de la RDC.

Ce système de paie de salaire soulevait des controverses et irrégularités du genre « opération retour » ou « sehemu ya kwangu » [se traduisant par ‘ma part’ en swahili, ndlr] – pratique consistant à retenir sans aucune contrepartie une partie du salaire à la caisse au profit de la hiérarchie du bénéficiaire ou de l’agent payeur – « frais de suivi », « frais de traitement », etc., mis à part la lenteur qui s’observait dans le processus de transmission des salaires à leurs bénéficiaires.

Tant décriée pour ses irrégularités, la paie par caisse a été remplacée par la celle par voie bancaire depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement en 2012.

Résoudre un problème par un autre

La culture bancaire étant moins rependue et les institutions financières étant peu nombreuses dans les villes et localités de la RDC, la nouvelle méthode a résolu un tas des problèmes pour en créer d’autres.

Depuis lors, ce sont des files d’attentes interminables devant les guichets des institutions financières bancaires commissionnées pour assurer le relais. Confrontées à un défi technologique, les banques de la RDC fonctionnent pour la plus part au ralenti suite à la faible bande passante leur fournis par les rares internet providers submergés par la demande. “Les agents de l’Etat sont si nombreux, nous nous efforçons de les alterner avec traditionnels clients mais ils s’impatientent et deviennent quelquefois insolents”, témoigne Onelundo Guy, agent dans une banque dans la commune de Barumbu. Des discussions et disputes intempestives sont d’actualité. “Certains agents de l’Etat se présentent au guichet sans connaître leurs numéros de compte, d’autres n’en ont même pas ”, souligne-t-il.

Dans une agence de la Trust Merchant Bank, un instituteur omis de la liste de paie s’en est pris en fin janvier 2014 au guichetier le soupçonnant de manœuvrer sa paie au profit d’un fictif.

Une périodicité lucrative

C’est souvent dans la deuxième quinzaine du mois que le pire s’observe. “Ce n’est pas aussi facile qu’on peut le croire, je suis obligé d’interrompre mon travail avant la fin de la journée pour venir retirer mon salaire « , renseigne Nzuji Odette, institutrice dans une école de la Nsele, banlieu de Kinshasa, rencontrée dans  le guichet d’une banque au centre-ville pour percevoir son salaire. En plus des frais de transport et du temps passé devant les guichets des banques, les fonctionnaires de l’Etat imaginent des gymnastiques pour contourner les longues files. « Les guichetiers sont parfois lents, mais c’est expressément qu’ils les font car il y a des agents qui perçoivent leurs salaires avant ceux qui se sont présenté en premier au guichet« , s’exclame Muzaliwa André, un blessé de guerre entendant sa solde dans l’agence d’une banque à Limete.

Les banquiers remettent le dysfonctionnement à la connexion à Internet. Mais au bas, se créent des affaires. Nzuji Odette a trouvé une alternative. « Pour ne pas chaque fois traîner, je donne 1000 francs congolais au gardien et à l’agent de police à la porte et ils me font entrer au guichet avant le temps« , nous convie-t-elle. Non loin d’ici, le policier Nlandu Thomas commis à la garde d’une autre banque, négocie les jetons d’accès au guichet entre 200 et 500 francs congolais. “La chèvre broute là où elle est attachée”, explique-t-il. “Je travaille du matin à tard dans la soirée en entendant que tout le monde passe, je dois essayer de trouver aussi quelque chose pour supporter ma famille”, nous convie-t-il.

Les cartes bancaires comme issue de sauvetage

Pour pallier ce disfonctionnement, les institutions bancaires de Kinshasa se tournent peu à peu à l’usage de la carte électronique. “Une alternative qui oblige des investissements et de la technologie”, renchérit le chef d’agence de la Banque Internationale de Crédit dans la commune de Kalamu. “Mais, elle permettra de désengorger les guichets”. Il en faudra peut-être aussi une large vulgarisation afin de permettre aux « nouveaux consommateurs des services bancaires » de s’en servir sans faille.

Dans des endroits moins bancarisés du pays, l’on recourt à des sociétés de télécommunication pour assurer la paie des fonctionnaires de l’Etat.

Mc.-Héritier Kapitene / The Kivu Times