Archives pour la catégorie Mine

RDC : Les ressources minières, une malédiction pour ses enfants ? – Réponses avec Soraya Aziz Souleymane

La RDC, surtout dans sa partie Est, fait face à une situation contrarié. Dans des carrés miniers sévissent des milices. Les conditions de travail dans les mines congolaises sont assimilées à une sorte d’esclavage moderne. Les acteurs locaux y impliqués ne parviennent pas non plus à relever leur niveau de vie. Une malédiction, une fatalité ou un défi ? Pour répondre à ces questions, The Kivu Times s’est entretenu avec Soraya Aziz Souleymane, activiste des droits humains, spécialiste  des questions de développement et est Deputy Director au Centre Carter en RDC.

Soraya Aziz Souleymane, Spécialiste des questions minières et de développement. (Ph. Tiers)
Soraya Aziz Souleymane, Spécialiste des questions minières et de développement. (Ph. Tiers)

The Kivu Times : Comment dissocier la problématique « ressources minières » des conflits armés en RDC et dans la sous-région des Grands-Lacs ?

Soraya Aziz Souleymane : La Solution pour moi serait de coupler les efforts de pacification et de traçabilité des minerais avec des projets de renforcement de capacité économique. Ces creuseurs ne choisissent souvent ce métier dangereux que par manque d’alternatives économiques. Une révolution agricole,  une implantation de manufacture, un boom du secteur touristique ou un artisanat minier en coopératives encadrées sont autant de possibilités auxquels le gouvernement et ses partenaires internationaux devraient penser. D’un autre coté l’exploitation industrielle, si elle est bien gérée, peut aussi avoir des impacts positifs sur la sécurité et les revenues locaux et nationaux. Lire la suite RDC : Les ressources minières, une malédiction pour ses enfants ? – Réponses avec Soraya Aziz Souleymane

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Journée Internationale contre les essais nucléaires : Focus sur l’Uranium et le nucléaire du Congo – Kinshasa

Le 29 août, le monde célèbre la journée mondiale contre les essais nucléaires. C’est en mémoire de la tragique première bombe atomique larguée le 6 août 1945 sur la ville d’Hiroshima au Japon, chacun s’en souvient, mais les premiers « essais nucléaires » sont un peu plus anciens puisque le premier a été tenté en juillet 1945. Depuis lors, plus de 2000 essais ont été réalisés, d’abord dans l’atmosphère, puis de façon sous-terraine ou sous-marine. Dans la rue, on rencontre que l’Uranium à la base de cet essaie serait provenue du Congo-Kinshasa.

Centrale Nucléaire de Fukushima au Japon (Ph. Tiers)
Centrale Nucléaire de Fukushima au Japon (Ph. Tiers)

Au moment où cette journée est célébrée, le Japon est confronté à la plus grande crise nucléaire civile de son histoire et tous les gouvernements utilisant cette technologie essaient de rassurer leurs citoyens. La République démocratique du Congo (RDC) ne fait pas exception. Muni d’un centre nucléaire dans les coffins de Mont Amba sur le site de l’Université de Kinshasa et d’une réserve d’Uranium au Katanga dans les mines de Shingolobwe, la nation Jaune-Rouge-Bleu clair n’est pas isolée du défis planétaire, quant à aux essais et explosions nucléaires. Le 9 novembre 1954, 27 travailleurs congolais avaient perdu leurs vies dans la mine d’Uranium au Katanga aux environs de la cité minière de Shingolobwe. Les autorités rassurent

« Nous suivons ce qui se passe au Japon au jour le jour. Nous nous sentons concernés », a expliqué le professeur Vincent Lukanda Mwamba, commissaire général à l’énergie atomique de République démocratique du Congo (RDC). Son bureau, dissimulé derrière une porte capitonnée façon ministre, est à moins de vingt mètres du réacteur nucléaire congolais. Les ingénieurs congolais assurent que leur réacteur, de type Triga Mark II d’une capacité d’un mégawatt, est totalement inoffensif. Selon le Cren, il est plongé dans une piscine d’eau déminéralisée et son cœur est entouré d’un écran de protection biologique constitué d’une colonne d’eau de sept mètres et d’un béton baryté.

« Jamais d’incident nucléaire » depuis 72

« Nous sommes en bonne coopération avec l’AIEA. Chaque année, il y a des inspecteurs qui viennent ici pour des contrôles », ajoute le Pr Muamba, qui se félicite de n’avoir « jamais eu d’incident nucléaire » depuis la construction du réacteur en 1972. Certes, « les catastrophes naturelles sont imprévisibles », reconnaît le chercheur. Mais il assure que le réacteur de Kinshasa a été bâti « dans un milieu non sismique, loin de l’océan », ce qui le met à l’abri des accidents nucléaires comme ceux de Fukushima au Japon.

Pancarte d'entrée au CREN à la l'Université de Kisnahsa (Ph. Médias Congo)
Pancarte d’entrée au CREN à la l’Université de Kisnahsa (Ph. Médias Congo)

Le réacteur nucléaire de Kinshasa, patrimoine de l’Université de Kinshasa – site du mont Amba, commune de Lemba en République démocratique du Congo – fut le premier réacteur nucléaire installé en Afrique. En 1958, le « Gouvernement général » du Congo belge a acheté à la General Dynamics Corporation (États-Unis) un réacteur de recherche de type Triga Mark I d’une puissance de 10 à 50 kW.

Ce avec l’accord du ministre belge du Congo et du Ruanda-Urundi. Ce réacteur était destiné à la « Commission consultative des sciences nucléaires », présidée par Monseigneur Luc Gillon, recteur de l’Université de Lovanium à Léopoldville de 1954 à 1967. Il fut construit sur le site du Centre Trico de l’université, et consistait en un ensemble de laboratoires de la Faculté des sciences, de la Faculté de médecine, ainsi que de l’hôpital universitaire qui y était rattaché. Il entre en service le 6 juin 1959 pour la recherche, l’enseignement et la production d’isotopes à usages médicaux et agricoles. En 1970, le Centre Trico devient « le Centre régional d’études nucléaires de Kinshasa» (CREN-K). Le CREN-K décide rapidement de se doter d’un réacteur de recherche plus puissant, le Trico II. Celui-ci, d’une puissance de 1 MW est inauguré en 1972.

Pendant ce temps, les périmètres sécuritaires des zones radioactives du Katanga demeurent un grand défi. Dans la localité de Shingolobwe, le minimum est assuré. Shinkolobwe est une localité et une mine située à proximité de Likasi dans le territoire de Kambove (région de Katanga) en République démocratique du Congo. C’est de son que fut extrait l’uranium qui permit aux États-Unis de construire la bombe atomique lancée sur Hiroshima, celle lancée sur Nagasaki étant à base de plutonium issu de réacteurs nucléaires, eux-mêmes alimentés par le combustible uranium. « L’uranium fut vendu aux américains dans le cadre du projet Manhattan par Edgar Sengier, le directeur de l’union minière du Haut Katanga qui avait eu l’intuition de l’importance de l’uranium et avait fait transporter 1 200 tonnes de minerai à New York dès 1939 », renseigne une source Coloniale dans l’ex-Congo Belge.

La mine est officiellement fermée, à la suite notamment d’un éboulement ayant causé la mort de 8 personnes le 8 juillet 2004. Si l’extraction d’uranium est depuis longtemps abandonnée, la mine est toujours exploitable pour le cobalt. Cependant, en août 2006, le Sunday Times publie un article affirmant que « les douaniers tanzaniens auraient saisi un chargement d’uranium 238 le 22 octobre 2005. Chargement que l’Iran aurait importé du Congo (RDC). » Les autorités iraniennes et congolaises avaient démentis ces allégations, et l’ancien gouverneur du Katanga, Urbain Ngoy Kisula, avait demandé la mise en place d’une commission d’enquête. Dossier classé sans suite…

« L’urgence est urgentissime »

Le vol dans les années 1970 de deux barres de combustibles nucléaires faiblement enrichis, dont l’une n’a jamais été retrouvée, avait montré les défaillances du système. Les États-Unis avaient noté, entre autres, le faible salaire des employés (entre 40 et 150 dollars par mois) qui pourraient être tentés de monnayer leur accès au site ou de se lancer dans d’autres activités illicites. « Aujourd’hui il n’y a pas de salaires de moins de 300 dollars par mois », assure le professeur Lukanda Mwamba. Au prix de la barre de combustible, il n’est pas certain que cela suffise…

L’autre inquiétude porte sur les glissements de terrain. Le centre est situé sur le campus de l’Université de Kinshasa, une zone soumise à une forte érosion. En 2011, l’ancien ministre de l’Enseignement Supérieur et universitaire Léonard Mashako Mamba, lançait « un cri d’alarme désespéré parce que les érosions sont en train d’emporter la première et la plus grande université du pays ». « L’urgence est urgentissime », avait-il dit, estimant que le centre d’études nucléaires, même s’il n’est pas le plus vulnérable des bâtiments, est aussi menacé.

Têtes d'érosion menaçant le site du CREN & CGEA à Kinshasa (Ph. Radio Okapi)
Têtes d’érosion menaçant le site du CREN & CGEA à Kinshasa (Ph. Radio Okapi)

Pendant que trois têtes d’érosions s’apprenaient dangereusement au Centre régional d’études nucléaires de Kinshasa (CREN-K) cadre de recherche scientifique et environnementale, on se souvient encore de la réunion régionale sur la sureté des réacteurs nucléaires de recherche en Afrique qui s’est tenue le lundi 27 février 2012. A l’université de Kinshasa, le commissaire général à l’énergie atomique en RDC, avait affirmé que le réacteur du Centre régional d’études nucléaires de Kinshasa (CREN-K), jadis menacé par plusieurs têtes d’érosion, est « désormais hors de danger. » Le commissaire général du CREN-K avait même salué l’implication des autorités congolaises et des partenaires de la République du Congo  pour la protection de l’Université de Kinshasa, où est se trouve le CREN-K : « C’était un souci qui nous préoccupait pendant un moment. Nous avons tout fait pour nous expliquer auprès du Gouvernement de la gravité du danger qui menaçait le centre nucléaire. Le Gouvernement a financé la construction d’un collecteur pour le protéger», a-t-il déclaré. Il a poursuivi en disant : « Le Gouvernement est en train d’agir aussi pour moderniser ce centre », a-t-il poursuivi, citant « le financement pour la construction d’une clôture adaptée. C’est surtout pour protéger aussi la population du danger ».

Une prise de conscience progressive

La prise de conscience des dégâts occasionnés pendant ces campagnes d’essais a été lente à venir mais, peu à peu, de plus en plus de pays ont décidé de renoncer aux essais nucléaires. On se souvient qu’en France cela avait fait partie des premières décisions prises par le Président Chirac en 1995. Un traité sur l’interdiction totale des essais nucléaires a été ouvert à la signature en 1996… mais jamais mis en application faute, justement, de signataires en nombre suffisant !

Depuis 2004, le réacteur nucléaire de Kinshasa est à l’arrêt. « Il faut changer le tableau de commande et passer d’un pupitre analogique à un pupitre numérique », explique le professeur Mwamba. L’investissement n’est que de 3 millions de dollars, le centre attend pourtant toujours un financement. Il n’y en a pas non plus pour remplacer la clôture actuelle, inadaptée, par un vrai mur d’enceinte. En 2006, selon les révélations faites récemment par WikiLeaks, les États-Unis s’inquiétaient des lacunes dans le dispositif de sécurité. « Nous avons maintenant des caméras de surveillances et des policiers sur le site 24 heures sur 24 », assure le commissaire général.

Le polygone de Semipalatinsk

C’est en 2009 que les Nations Unies ont proclamé la création de la Journée internationale contre les essais nucléaires et choisi pour la célébrer la date du 29 août. Cette résolution (la 64/35) a été adoptée à l’unanimité.

On se souviendra qu’à l’origine de cette résolution se trouve la République du Kazakhstan, ancienne république membre de l’URSS et indépendante depuis 1991, qui souhaitait commémorer la fermeture du polygone d’essais nucléaires de Semipalatinsk, le 29 août 1991.

Le but final de la résolution de l’ONU est de sensibiliser à la nécessité d’interdire les essais d’armes nucléaires et travailler à l’édification d’un monde plus sûr.

By Mc-Héritier K. – © The Kivu Times – Friday, August 22, 2014

#RDC – #Pillage des #ressources_naturelles – Des #ONG réclament des #enquêtes contre des #sociétés #britanniques

Trois Organisations non gouvernementales (ONG) internationales invitent les autorités britanniques à ouvrir « rapidement » une enquête contre deux sociétés de ce pays.

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Notamment Hussar Services Limited basée à Londres et Hussar Limited dont le siège se trouve à Jersey (une île anglo-normande). Ces associations de la Société civile accusent ces entreprises d’avoir fondu de l’or pillé entre 2004 et 2005 en Ituri (Province Orientale). Cet appel est contenu dans un communiqué publié en début février.

Selon le rapport de ces organisations, Hussar Services Limited et Hussar Limited ainsi que leurs dirigeants n’ont jamais eu à rendre compte de leur rôle clé dans cette lucrative entreprise transnationale d’or souillé. Un dossier qui fait l’objet d’une plainte déposée en Suisse. Le groupe des plaignants est constitué de Conflict Awareness Project, Open Society Justice Initiative et Track Impunity Always (Trial).

«Tant que des gouvernements comme ceux du Royaume-Uni ou de l’Ile de Jersey ne tiendront pas leurs sociétés et leurs hommes d’affaires pour responsables sur le plan pénal du pillage des ressources naturelles de la RDC, les profiteurs de guerre qui sont complices d’atrocités et de souffrances humaines continueront à agir en toute impunité », a déclaré à Radio Okapi, la directrice exécutive de conflict awareness project, Kathi Lynn Austin.

Trois entreprises multinationales sont accusées d’avoir raffiné de l’or pillé en Ituri. Outre les deux firmes britanniques, ces ONG épinglent aussi l’entreprise suisse Argor-Heraeus SA. Cette dernière aurait raffiné près de trois tonnes d’or pillées pendant cette période d’une valeur marchande de 40 millions de dollars américains. L’or en question aurait été pillé par le groupe armé Front nationaliste intégristes (FNI). En novembre 2013, la justice suisse avait ouvert une enquête contre Argor-Heraeus SA pour « présomptions de blanchiment d’argent en relation avec un crime de guerre et de complicité de crime de guerre ».

Pour ces trois ONG, la Grande-Bretagne devrait suivre l’exemple de la Suisse et ouvrir une enquête contre les deux entreprises britanniques accusées aussi des mêmes griefs.

Les mêmes preuves fournies au procureur suisse en charge de crimes de guerre, qui ont permis l’ouverture d’une enquête pénale contre Argor-Heraeus SA, ont été mises à la disposition des autorités britanniques et de celles de l’île de Jersey.

Contactée à ce sujet par Radio Okapi, l’ambassade de la Grande-Bretagne à Kinshasa a indiqué que le ministère britannique des Affaires étrangères a invité les sociétés britanniques à opérer de manière responsable à l’étranger, en respectant toutes les lois nationales et internationales pertinentes ainsi que les droits humains qui forment les valeurs de la société britannique.

La Grande-Bretagne dit encourager, par ailleurs, toutes ces sociétés à intégrer pleinement la responsabilité sociale au sein de leurs opérations à l’étranger. Elle les exhorte à ne pas opérer dans les zones des conflits.

Pour rappel, entre 2004 et 2005, de l’or d’une valeur d’environ 40 millions de dollars a été pillé dans une concession aurifère près de la localité de Mongbwalu, à 80 km au Nord de Bunia en Ituri. Cette concession était contrôlée par le FNI.