16 février 2016 : Ce qu’en retient Godefroy Mwanabwato


16 février 2016, En souvenir de tant de souvenirs…Je me réveille suffocant sur mon petit lit de camps dans la cellule 09 dupavillon I de la Prison centrale de Makala… 

Je sens que mes yeux sont encore lourds de sommeil. Le temps de tirer une clope sportman, je retourne au lit. Mes yeux sont lourds de sommeil. Je n’ai fermé l’œil qu’aux environs de 4 heures. Toute la nuit, avec les camarades de Goma et Kinshasa, nous travaillions sur la journée ville morte du lendemain. Eh oui ! Même à Makala, nous participons à des actions de la Lucha menées à l’extérieur. J’avais alors réussi à faire entrer frauduleusement une tablette Tecno et réussissais à me connecter sur whatsapp afin de prendre part à nos forums stratégiques. 

La nuit du 15 au 16 février 2015, nous travaillions sur les « pigeons ». C’est ainsi que nous appelions les calicots. Nous proposions en temps réel aux amis de l’extérieur des messages à poster sur les banderoles et les tracts destinés à la journée du 16 février 2015 commémorative des martyrs de la démocratie. 

« Papa, maman : bomba bana nayo n’a ndako lobi »  » Restons tous à la maison pour honorer les martyrs du 16 février 1992″ etc… 

Les forums étaient vivants cette nuit-là. Pendant que nous autres les détenus proposions des messages, les amis de dehors étaient mobilisés à les saisir et à les imprimer sur des papiers et des banderoles. D’autres les dispatchaient à travers les artères de Kinshasa et de Goma. 

Quand brusquement je reçois un message d’un camarade de Goma : 

  • Nous sommes encerclés. Ils ont déniché notre lieu de retraite !

Bon sang ! De ma cellule, je sursaute ! Il est 3 heures du matin à Goma. Deux heures à Kinshasa. Comment ont-ils pu dénicher le lieu de retraite des amis? Il y a sûrement une taupe de l’intérieur… Nous nous proposons de retirer tous les amis de Goma du forum. Au cas où leurs téléphones étaient saisis… Ce qui est fait. Nous gardons les combattants de Kinshasa dans le groupe : Bienvenue Matumo, Marcel Héritier Kapitene et Victor Tesongo qui travaillent sur les artères de Kinshasa. 

Nous nous croyons en sécurité. J’essaie de savoir si les amis de Kinshasa sont penards. Bienvenu Matumo me rassure. Puis, nous échangeons sur d’autres tactiques de tractage et sur les pistes à suivre pour ne pas être repéré. Là, à ma surprise, je reçois un autre message de Bienvenue :

  • Mon cher, je sens qu’on nous poursuit ! O’ nous a repérés

Mon Dieu, lui aussi ! Que se passe-t-il dehors ? 

Je demande à Matumo :

  • Tu es là ? 
  • Oui, mon cher, ils nous ont repérés. 

Je n’ai jamais reçu d’autre message de son numéro…

Nous avions décidé de supprimer le forum whatsapp et de retirer tous les participants. J’ai éteint ma tablette et l’ai caché dans l’oreiller. En suivant les informations ce matin-là , j’appris que la journée Ville-morte avait été une réussite à Kinshasa. Bienvenue Matumo, Marcel Héritier Kapitene et Victor Tesongo me rejoindrons quelques jours plus tard dans ma cellule…

Godefroy MWANABWATO 

Congo nde biso


Extrait tiré de « Je ne le dirai pas à mon fils, mémoires d’un combattant de la liberté« 

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