RDC : Le cri des évêques du Kivu pour le respect absolu de la vie

« Mon âme est rassasiée de malheur ; et ma vie est au bord de l’abîme ». Cet extrait de psaume fait office de prélude au message des membres de l’Assemblée épiscopale de Bukavu, réunis à Butembo du 16 au 23 mai 2015. Archevêques et évêques s’y font l’écho de la détresse de leurs fidèles, en proie à de terribles violences, notamment en territoire et ville de Béni.
 
En une vingtaine d’années, guerres et insécurité ont coûté la vie de 6 millions de personnes en RDC, et « la série continue, spécialement dans les territoires de l’est ». Les évêques évoquent les coupeurs de routes qui étranglent la population sur le plan économique, les enlèvements contre rançons. « Nous sommes indignés par le silence autours des trois pères assomptionnistes enlevé le 19 décembre 2012 ».

 
Des crimes toujours plus cruels
 
Depuis 2010, plus de 837 personnes ont ainsi été capturées sur le territoire de Béni. Sur place, des nombreux massacres ont été recensés. La société civile a compté 419 victimes entre octobre 2014 et mai 2015. Et « chaque jour les tueurs imaginent et mettent en œuvre des pratiques de plus en plus cruelles » : enfants mutilés, gorges tranchées, femmes enceintes éventrées, familles décimées à la machette ou à la hache. « Les innombrables groupes armés sont autant de prédateurs qui continuent à se comporter en redoutables ennemis d’un peuple de laissé-pour-compte. » Les évêques dénoncent des crimes de guerre et contre l’humanité.
 
« Qu’en pensons-nous ? » Les objectifs des « bourreaux » sont clairs : Dans un « contexte d’une mafia économique et d’un affairisme politico-militaire alimenté par les pillages à grandes échelles d’abondantes ressources naturelles », ils sèment une terreur d’épuration systématiques de personnes, mettent en place une stratégie de déplacement forcé des populations en vue d’occuper progressivement leurs terres et d’y installer des foyers d’intégrisme religieux et des bases d’entrainement terroriste.
 
Foyer djihadiste 
 
Dans le massif du Ruwenzori, des groupuscules inoculent l’esprit djihadiste à leur recrues qu’ils entrainent ensuite au terrorisme international. Les évêques mettent en garde les jeunes désœuvrés à qui l’on promet des bourses d’études à l’étranger, mais aussi la communauté internationale qui observe tout cela « avec ses drones ! », s’indignent les prélats. « Faudra-t-il attendre que cet esprit se généralise pour que demain cette même communauté internationale fasse pleuvoir un déluge de feu sur la région ? ».
 
Un message sans tabou. Remerciant les soldats et officiers qui ont versé leur sang pour mettre fin au désordre, ou les efforts de la communauté internationale pour mettre en place des initiatives telles que la Conférence de Goma, les évêques se montrent critiquent vis-à-vis des pouvoirs publics pour qui les questions sécuritaires ou de paix « ne semblent pas avoir été prioritaires ».
 
L’Etat est-il complice ? Possible !
 
« L’Etat laisse pourrir la situation à l’Est du pays ». Le gouvernement écoute mais « aucune action concrète ne suit ». Les évêques s’interrogent : « le gouvernement serait-il incapable, démissionnaire ou complice ? »  Incapable ? Peut-être ! Complice ? C’est possible. Selon les évêques, « des officiers au passé chargé et qui ont causé bien des tords à la population » sont installés à des frontières sensibles, « en face de leurs anciens complices ». Des délégués du pouvoir accusent des particuliers. « A supposer que leurs allégations soient avérées, que fait l’Etat de l’armée, de la police nationale, des services de renseignements et de la justice ». «En laissant à des individus et des groupes perturber impunément la paix, l’ordre et la sécurité, cet Etat pourtant détenteur du monopole de la force, s’acquitte-t-il encore de ses obligations régaliennes ? » Dans ce contexte, comment des élections pourront se dérouler de manière libre, transparente et démocratique dans la région…
 
Ce message met en garde contre trois périls majeurs : un climat de génocide, un foyer d’intégrisme djihadiste et un processus de balkanisation. Les évêques demandent au chef de l’Etat de se mettre face à ses responsabilités et qu’il pacifie tout le pays. La Monusco, la mission de l’ONU qui a pour objectif depuis quinze ans de stabiliser le pays, est appelé à s’évaluer pour améliorer son rendement. Aux élus « qui perçoivent autant que 169 enseignants de l’école secondaire, ou que 270 militaires », les évêques leur demandent s’ils sont « vraiment fiers de (leur) silence sur ces problèmes vitaux ». « Aurez-vous le courage de revenir tranquillement demain pour solliciter à nouveau la confiance de vos frères ? ».
 
Aux dignitaires chrétiens, il est demandé de témoigner de la paix et d’intégrer la dignité humaine dans la prédication de l’Evangile. Aux fidèles, de promouvoir et défendre avec persévérance la dignité de l’homme créée à l’image et ressemblance de Dieu. Aux autres croyants, ils sont invités à prendre de la distance par rapport à la violence, à cultiver la tolérance et à intégrer la valeur de la miséricorde. Enfin aux « frères égarés, auteur de ces crimes odieux », les évêques rappellent que « nous sommes tous frères ». « Nous vous demandons de cesser la violence, d’éviter la tentation du gain sans effort et d’arrêter de pactiser avec l’ennemi, pour construire ensemble une société plus juste, plus humain et plus fraternelle. »
Source : Radio Vatican
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