« O’lukando » – Slam d’un isolé

"A nos actes manqués..." (Ph. Elvin K.)
« A nos actes manqués… » (Ph. Elvin K.)

Treize mois depuis que je bois de l’eau de cette autre rivière. Treize mois aussi que j’ai perdu une partie de moi. C’est aussi Treize cent jours de plus que j’ai comme impression d’avoir retrancher de mes jours. Là haut, à plus de Treize cent pieds, les nuages m’ont projeté à quatre-mille kilomètres de mes racines.

Treize jours avant que je ne quitte les seize collines qui forment ma commune… Je me suis réveillé chez mon grand-père à Kambali – Salongo. J’ai pris le vélo mon oncle Thembo pour une course inhabituelle vers Kiribatha, arracher quelques bottes de feuilles de manioc « sombé » pour ma tante Kavira qui venait de mettre au monde. Comme il est de coutume chez-nous de réserver des surprises à la jeune mariée « o’mulunga » ou « o’mughole », un petit excès de zèle me fait avancer jusqu’à Kahondo, bourgade située entre Vuhuvi (ou Vuhovi) et la vallée de la Simuliki où les ignames « bikene » ou « bihama » ne sont plus assez faciles à trouver. « Pourquoi n’ai-je pas pris la direction de Kimbulu ? », me demandais-je. Après tout, les patates douces « biribwa » sont un rechange des ignames. Je m’en approvisionne à Busaghala, mais je dois foncer jusqu’à Kahondo, récupérer un peu de colocase dans le champ la mère-grand. Mère-grand est allée à Rwahwa, je peux amasser n’importe quelle quantité de « Manyagwa » et de « Vikwenye » sans être inquiété.

Une heure après, c’est le retour. Je peux encore pédaler quelques mètres avant d’atteindre la prison de Vuhuvi. Il est quinze heures quand la chaîne de mon « Matabaro » cède. Elle est cassée et pas un réparateur dans le coin. C’est un dimanche, il ne peut pas non plus y en avoir. Pas autre choix que de pousser le vieux vélo. Par courage épuisé, voilà que je peux atteindre Bunyuka. Une escale au marché de Bunyuka, quelques bananes plantains et la route continue… Vue l’état de mon vélo, plus question de passer par la route principale. J’emprunte le chemin de Kithakandya. On peut encore monter les haies avant la ferme. Mais, le chemin m’est moins connu. Bienvenu dans la montée de Kyaghala. Le vélo est chargé d’un bagage d’au moins 100 kilos. Personne ne peut me venir en aide ? Non ! Essayons de rester homme, si pas la première copie de soi-même. Dans un quart d’heure, il féra 17 heures.

D’après tout, le voyage c’est pour demain. Pas de choix. Je dois atteindre le marché de Kakuva pour pouvoir me dégager. Mais la suite ne sera pas aisée. Il fait déjà noir. Voilà devant moi le noir et quelques lampes aux allures des lampions. Ce sont les collines de Ngese. « Un peu de silence, cousin ! », me dis-je. « Sois fort », insiste mon cœur angoissé.

Dans les escarpements de Mwiri, quelques canes à sucre. On peut encore se régaler avec du maïs grillé. À droite vers Ngothe, ça sent la petite fête. Les jeunes filles sont sorties des terriers.

Voilà afin Kalengere. Je ne passe plus par Kihyana. Je dessens vers Mutsanga. Les lances-voix de salles de cinéma raisonnent très haut au petit marché de Kalumba. Les jeunes beautés circulent encore.

à suivre…

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