RDC | Coup de point : Denis Mukwege visé ?

On sait déjà que Denis Mukwege est contre la révision constitutionnelle visant à favoriser un troisième mandant pour Joseph Kabila. On doit aussi et désormais savoir que ce célèbre médecin gynécologue de Panzi est dans les viseurs des décideurs et acteurs politiques de la majorité présidentielle RDCongolaise. Cela a-t-il un lien avec le gel des comptes de l’hôpital général de Panzi sous sa coordination ?

Dr. Dénis Mukwege, Gynécologue et Militant des DH RDCongolais, initiateur de l'HG de Panzi (Ph. Tiers)
Dr. Dénis Mukwege, Gynécologue et Militant des DH RDCongolais, initiateur de l’HG de Panzi (Ph. Tiers)

La saisie des comptes de l’hôpital de Panzi est une « injustice parce que nous ne sommes pas traités comme les autres hôpitaux publics du pays« , a déclaré à l’AFP le Dr Mukwege, fondateur de l’établissement, joint à Bukavu depuis Kinshasa.

Le gynécologue Denis Mukwege a qualifié jeudi d' »harcèlement » fiscal et d' »injustice » la saisie des comptes de son hôpital – spécialisé pour soigner les femmes victimes de viols – par les autorités à Bukavu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Depuis une quinzaine d’années, l’établissement prend en charge les femmes victimes de violences sexuelles dans cette province troublée du Sud Kivu, instable depuis 20 ans.

Lors de son séjour en Europe, à l’occasion du discernement du prix Sakharov dont il a été lauréat en 2014, Dr Denis Mukwege a relayé le message clé de la société civile aux autorités congolaises :  » ne touchez pas à notre Constitution« . S’attirait-il de la foudre de ceux qui, à Kinshasa, sont décidés du suicide collectif des acquis de la l’avancée démocratique que connait le pays, jurant par et pour le pouvoir ?

Pour Mukwege, « toute nouvelle tentative de modification de ce contrat social risque d’entrainer de nouveaux cycles de violences ». Et d’ajouter, « le peuple aspire au changement tant attendu pour enfin entamer une réelle alternance démocratique au cœur de l’Afrique. »

Plus explicitement, Denis Mukwege avait insinué tout haut ce qui suit :

« À l’heure où l’on parle tant d’une éventuelle modification de la Constitution congolaise, j’en appelle à votre conscience patriotique, j’en appelle à votre amour de notre chère patrie, tant meurtrie par des guerres successives depuis plus de 20 ans. Un nouveau changement constitutionnel avant les élections risque de mettre en péril la cohésion nationale. Après plus de 5 millions de morts et cinq cents milles femmes violées, ne prenez pas le risque historique de rallonger cette liste macabre

Et de poursuivre :  » Nous appelons de tous nos vœux à la consolidation de la paix en RDC, condition sine qua non pour prévenir la récurrence de la violence faites aux femmes« .

D’après lui :  » Le monde nous regarde, le temps est venu pour privilégier l’intérêt général à des intérêts privés bassement matériels : le sang de nos martyrs est encore frais, il parle, il crie, il nous appelle à la responsabilité collective. Il n’est plus acceptable qu’un petit groupe accumule richesses et biens alors que la majorité de la population patauge dans la misère, la boue et le sang. Nous sommes devenus la risée du monde, il est temps de montrer au monde ce que nous avons hérité de nos ancêtres, à savoir une âme de dignité, de solidarité, et d’hospitalité « . « Ensemble, responsables politiques et religieux et acteurs de la société civile, hommes et femmes, nous pouvons mettre fin à la violence au cœur de l’Afrique « , a souhaité Dr Denis Mukwenge.

Mercredi 31 décembre 2014 à Bukavu, capitale de la province, où l’établissement est implanté, le personnel de l’hôpital de Panzi avait manifesté devant la Direction générale des impôts « pour dénoncer la discrimination » de la part des services étatiques, a expliqué le médecin. « Tous les hôpitaux généraux de référence du pays (c’est le cas de l’hôpital de Panzi) ont un statut particulier et l’impôt du personnel est retiré à la source par le ministère des Finances (…). Je suis étonné que seul l’hôpital de Panzi est soumis à ce harcèlement fiscal de la DGI« , a-t-il ajouté.

Les comptes de l’établissement ont été saisis le 31 octobre, selon le médecin, et sa structure a saisi la justice qui avait fixé l’affaire au 18 novembre. Depuis, elle est restée pendante suite à une grève des magistrats dans le pays. L’établissement avait annoncé mercredi la saisie de ses comptes et l' »impact majeur » de cette décision sur le fonctionnement de l’hôpital et la prise en charge des malades, avec 500 employés qui n’ont pas reçu leur salaire de décembre.

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