Grands Lacs : En attendant le 2 janvier – FDLR Gate

Le 2 janvier 2015 – 48 heures avant… Jour mémorable, jour de tous les enjeux dans les Grands Lacs Africains, et plus particulièrement dans le Nord Kivu. L’an un de l’assassinat du Colonel [Général ab Postumus] Mamadou Moustapha Ndala ; c’est aussi la date butoir du moratoire de la CIRGL pour le désarmement volontaire des FDLR encore présents en RDC.

Combattants FDLR rendant leurs armes à Buleusa au Nord Kivu (Ph. Tiers)
Combattants FDLR rendant leurs armes à Buleusa au Nord Kivu (Ph. Tiers)

Vendredi 02 Janvier 2015, 2ème jour de l’an UN après l’assassinat de Mamadou Ndala – la bête noir du M23 dans la libération du Nord Kivu – 1ère semaine de l’an 21 de l’entrée des rebelles FDLR sur le sol congolais, Zaïre à l’époque… Lune Gibbeuse ascendante, les anciens sociétaires de Juvénal Habyarimana dans l’ancien régime Hutu/Tutsi modéré peuvent désormais rompre le cordon avec leur pays d’accueil, la très instable République Démocratique du Congo.

L’ultimatum accordé aux FDLR expire dans trois jours. Au-delà du 2 janvier 2015, la  Conférence internationale pour la région des grands lacs (CIRGL), la Communauté de développement d’Afrique Australe (SADC) ainsi que la MONUSCO devront lancer l’opération militaire de traque de ces rebelles rwandais, accusés de diverses exactions contre les civils dans l’Est de la RDC. C’est depuis le mois de juin dernier que ces organisations avaient lancé l’ultimatum contre ces FDLR, estimés à environ 1.400 qui vivent depuis 20 ans dans la jungle kivutienne.

Tshishambo Ruhoya, témoin de la reddition des FDLR au Sud Kivu (Ph. Tiers)
Tshishambo Ruhoya, témoin de la reddition des FDLR au Sud Kivu (Ph. Tiers)

Opposées au régime du président Paul Kagame, au pouvoir à Kigali depuis la fin du génocide, les FDLR sont particulièrement actives dans les Kivus, où elles sont accusées de commettre de graves exactions contre les civils (viols, meurtres, pillages, enrôlements d’enfants soldats).

« Même si c’est un pas nécessaire, il n’est pas suffisant, il n’est qu’un pas partiel et assez tardif. Nous lançons un appel solennel et urgent au leadership et à tous les combattants des FDLR: sortez de la forêt, déposez vos armes, entrez pleinement dans ce processus pacifique pour que 2015 puisse être une nouvelle année de paix et d’espoir », a déclaré le représentant de la SADC, Conrandie Marius.

Finies les carottes…

La Société civile du Sud-Kivu se dit toujours préoccupée par la question du désarmement de ces rebelles rwandais. Le président de la société civile au Sud-Kivu, Descartes Mponge, estime que les FDLR n’ont pas la volonté d’adhérer à ce programme de désarmement volontaire. Pour lui, le seul moyen de neutraliser définitivement ces rebelles rwandais est la pression militaire.

« Selon les statistiques qui ont été fournies par les autorités congolaises et par les FDLR, à l’époque, on avait de 5.000 combattants. Mais avec les redditions auxquelles nous avons assisté au Nord et au Sud-Kivu, nous pensons qu’il n’y a pas de volonté de la part des FDLR », a affirmé Descartes Mponge. Pour la société civile du Sud-Kivu, la Monusco devrait accroître la pression sur ces rebelles à travers les actions militaires.

Quelques combattants FDLR au Nord Kivu (Ph.Tiers)
Quelques combattants FDLR au Nord Kivu (Ph.Tiers)

« Si les autorités congolaises ont la volonté de pacifier ce pays, elles doivent emboîter le pas à la communauté internationale à traquer de force ces groupes armés. Déjà, la communauté internationale a compris qu’il faut aller tout droit à des opérations militaires. C’est une bonne occasion que nous Congolais devons saisir pour instaurer la paix dans notre pays », a indiqué Descartes Mponge, faisant allusion à l’ultimatum lancé par la CIRGL et la SADC aux FDLR.

Plusieurs opérations militaires ont sérieusement affaibli cette rébellion. Les combattants qui se sont rendus dimanche devant des délégués du gouvernement congolais, de l’ONU et de la Conférence internationale pour la région des Grands Lacs proviennent du Nord et du Sud Kivu.

Simple intention ?

« Le 2 janvier n’est pas une date magique », selon Louise Mushikiwabo. La ministre rwandaise des Affaires étrangères parlait, à tavers une conférence de presse tenue le mercredi 24 décembre 2014, de mauvaise volonté, de manipulation. « Nous savons que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes et sur certains de nos bons amis », a-t-elle encore expliqué. « Des bons amis, ajoute-t-elle, qui sont en train de faire pression sur les acteurs ».

Le général FDLR Victor Byiringiro devant ses combattants (Ph. Tiers)
Le général FDLR Victor Byiringiro devant ses combattants (Ph. Tiers)

Une semaine avant, le président Kagame du Rwanda s’était rendu en Angola pour évoquer la question avec son homologue José Eduardo Dos Santos, qui est le président en exercice de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs. La CIRGL qui est l’une des deux organisations à avoir donné un ultimatum aux rebelles hutus rwandais. « Les deux chefs d’État sont sur la même longueur d’ondes », insiste Mushikiwabo de part et d’autre.

Du côté de l’ONU, on assure que des préparatifs sont en cours en vue des opérations conjointes entre l’armée congolaise et la brigade d’intervention de la Monusco, mais d’autres sources occidentales font part de réticences ressenties du côté de Kinshasa comme de certains pays contributeurs de casques bleus.

Après la défaite du M23, les opérations contre les FDLR devaient être la priorité de 2014. Un an pus tard, les démarches de l’ONU, et des USA notamment, se multiplient pour tenter de convaincre les FDLR d’accélérer le désarmement, d’accepter l’exil ou le retour au Rwanda, mais aussi, qu’à défaut, des opérations militaires aient bien lieu comme promis en janvier.

En mai dernier, un premier groupe composé 180 miliciens hutu rwandais accompagnés de leurs familles s’était déjà rendu. Depuis le processus était au point mort.

En juillet 2006, la SADC et la CIRGL ont lancé un ultimatum de 6 mois à ces rebelles pour désarmer volontairement. L’ultimatum arrive à expiration le 2 janvier 2015. Passé ce délai, une traque des FDLR devrait être lancée. Des analystes politiques estiment nécessaire qu’après les FDLR, la communauté internationale devrait s’attaquer aux ADF qui endeuillent le territoire de Beni et ses environs. « La plus dure restera à organiser l’armée congolaise et à rendre plus combative. Après, la traque des FDLR, il ne faut pas que ces régions soient abandonnées comme le cas dans certains coins du Nord-Kivu après la défaite du M23 », a indiqué un opposant au régime de Kinshasa.

Mc Héritier K.

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