Kinshasa : Pauline Lumumba s’en va – le supplice d’une femme vénérable

Pauline Lumumba, la veuve de Patrice Emery Lumumba, héros nationale et premier ministre du tout premier gouvernement noir de la RDCongo est décédée ce mardi 23 décembre 2014 à Kinshasa.

Pauline Lumumba (Ph. Tiers)
Pauline Lumumba (Ph. Tiers)

Âgée de 72 ans, Pauline Lumumba avait quitté Paris, où elle recevait des soins, il y a une semaine pour regagner Kinshasa. « Elle ne s’est pas réveillée« , a confirmé à Jeune Afrique, Lambert Mende ministre de l’Information, de la communication et des médias, qui revenait à peine de la résidence des Lumumba à Kinshasa.

Veuve juste à ses 15 ans de mariage, la mère des Lumumba fils était vénérée de tous les congolais de la RDC. Un coup dur pour cette famille quasi-dispersée et pour tout le cordon nationaliste et ultra-nationaliste de la droite RDCongolaise.

Que retenir de cette « mère vénérable » ?

Mme Nkruma et les enfants Lumumba (Ph.Tiers)
Mme Nkruma et les enfants Lumumba (Ph.Tiers)

Le couple s’était constitué une petite famille. Mais voilà que brusquement les affaires se compliquent cette semaine là de 1961. Après avoir atteint le sommet du pouvoir en devenant Chef du gouvernement, la vie du couple  bascula au lendemain de la proclamation de l’indépendance. Lumumba destitué fut contraint à résidence avant d’être arrêté puis assassiné.

Pauline, femme puissante quelque temps seulement, passa du sommet du pouvoir à la déchéance, de la vie familiale pleine d’ambiance et de chaleur à la solitude. Patrice gisait depuis un bout de temps dans sa prison dorée. Et comme malheur ne vient jamais seul, une deuxième difficulté frappa à la porte du couple avec la maladie de leur bébé à peine âgé d’un an. Comme Lumumba ne pouvait se déplacer pour cause de restriction, les amis de la famille aidèrent Pauline et Roland pour se rendre à Genève au chevet du bébé qui malheureusement mourut quelques jours plus tard. L’ONU ayant refusé de l’aider, elle reçut l’accord d’une société aérienne pour le rapatriement du corps. Les restes de l’enfant n’atteindront jamais Léopoldville, perdus on sait où.

"Après la mort de patrice, le ciel devint noir..." - Pauline Lumumba
« Après la mort de patrice, le ciel devint noir… » – Pauline Lumumba

Elle qui a vécu dans le luxueux palais du dernier gouverneur-général belge, commença à mener une vie de nomade après l’arrestation de Patrice. Elle devait souvent changer de maison sur conseil des fervents supporters de son mari qui craignaient des représailles de la part des militaires de Mobutu. Elle ne passait jamais deux nuits sur une même place. Personne ne la connaissait dans ces villages où elle se cachait.

Elle était avec des parents lorsqu’elle apprit par radio à Léo [Kinshasa, ndlr] la triste nouvelle de l’assassinat de son mari. Comme pour son bébé, elle ne verra pas non plus le corps de son amoureux. Elle vivait dans le dénuement le plus total et avait peur de ce qui pouvait lui arriver. Elle était seule avec le petit Roland, les autres enfants étant en sécurité en République Arabe Unie (Égypte). En R.A.U, le président Nasser leur avait donné la quiétude que le Congo leur refusait.

Épouse d’un puissant panafricaniste

Lumumba avait même été déclaré « saint » par le Ghana Church of Africa comme en témoigne ce petit article du magazine américain Jet. Ce n’était pas un hasard, car le président ce pays, Kwame Nkrumah, était un ami du défunt.

Pauline Lumumba qui en l’espace de quelque temps perdit son bébé et son mari, avait connu des moments de très grande tristesse. Son cœur avait porté ce lourd fardeau pendant plusieurs mois et sûrement bien au-delà. Les enfants dans leur exile égyptien furent mis au courant du décès. Patrice junior promit de venger son père une fois grandi et qu’il tuerai les belges qui avaient assassiné son père.

François, l’aîné criait chaque nuit en disant « papa est mort  ». La R.A.U fidèle à ses convictions permit à Pauline Lumumba Opango de rejoindre ses enfants. La famille fut installée dans un appartement de cinq chambres à Zamalek où le gouvernement de Nasser leur donnait mensuellement 500 dollars américains pour vivre aussi longtemps que la veuve de Lumumba aurait voulu rester dans ce pays ami de son défunt mari. En Egypte, Patrice n’était pas là, mais la famille s’était reconstituée, loin des tumultes de la terre natale pour se refaire un avenir.

By @KapiteneH

Publicités