Espionnage : Palpitation des USA « impuissants » et indifférence de l’UE

L’affaire du PRISM… C’est connu que les USA espionnent leurs alliés. L’espionnage mené par la NSA à l’encontre de ses alliés a créé un climat insupportable en mi-2014. L’Union Européenne envisagerait suspendre le projet d’accord de libre-échange avec les États-Unis. Et exiger d’eux des gages de confiance. Quand la superpuissance a peur d’elle-même.

L'espionnage de al NASA a suscité un imbroglio dans la coopération stratégique mondiale en mi-2014.
L’espionnage de al NASA a suscité un imbroglio dans la coopération stratégique mondiale en mi-2014.

Sécurité ou crise de confiance ? Prévention d’attaque terroriste ou impérialisme ? What do we know ? Nothing. » La morale du film « Burn After Reading » (2008) des frères Coen, satire de l’industrie américaine du renseignement, est particulièrement réjouissante et prometteuse, pour les millions de Français qui se découvrent espionnés à leur insu par la NSA américaine, au rythme de 70,3 millions communications interceptées par mois. Dans les dernières scènes du film, Osborne Cox, analyste star de la CIA, à bout de nerfs, joué par John Malkovitch plante un piolet entre les deux omoplates d’un inconnu, qu’il prenait pour l’amant de sa femme. Au bout de plusieurs mois d’enquêtes, les plus fines lames des services secrets américains classent ce dossier d’espionnage et de concubinage industriels, auquel ils finissaient par ne plus rien comprendre, abrutis qu’ils étaient par lamasse de renseignements contradictoires collectés n’importe comment par une bureaucratie aussi médiocre que pléthorique.

Le film est hilarant. La réalité de la dérive américaine actuelle est beaucoup moins drôle. Depuis quelques semaines, il semble que les États-Unis ont perdu le nord. Et leurs alliés. Il y eut d’abord l’opération « Pantalonnade en Syrie » : une Amérique traçant des lignes jaunes et rouges dans tous les sens, pour assister passivement à leur franchissement. 200.000morts et une attaque au gaz plus tard, l’Amérique finit par suivre à la lettre les initiatives diplomatiques de M. Poutine, donnant ainsi une légitimité inouïe au soutien militaire le plus actif et le plus cynique de M. Assad.

Ensuite, l’on joua à guichets fermés « Guignol au Capitole ». Pendant plusieurs semaines, le Parti républicain, majoritaire au Parlement américain, prit en otage l’administration de la première puissance économique mondiale, joua avec le crédit de sa monnaie domestique, le dollar, qui est aussi, pour encore quelque temps seulement, l’ancre du système monétaire et financier du monde.

Depuis dix ans, et l’invasion de l’Irak, il ne se passe pas une journée sans que l’on assiste au spectacle inquiétant de l’hyper-impuissance américaine. Fait nouveau : ayant perdu son cap et sa boussole, l’Amérique de M. Obama maltraite ses alliés les plus solides les uns après les autres. Elle scrute toutes les communications de la France, l’un des rares pays avec lequel elle n’ait jamais été en guerre, mais est incapable de lire et prévoir ce qui se trame en Asie, entre Pékin, Pyongyang, Séoul et Tokyo. Elle entame des discussions accélérées avec l’Iran, future puissance nucléaire, laissant sur le bas-côté ses alliés de toujours, Israël et l’Arabie saoudite. Elle se moque éperdument des conséquences de sa politique monétaire débridée sur le monde entier, en particulier ses partenaires européens, sud-américains et asiatiques. Les rapports publiés hier de Human Rights Watch et Amnesty l’attestent : Grâce à ses drones – dirigés par des personnels plus stables que Osborne Cox ? – elle met hors d’état de nuire et dans le même sac, des centaines de terroristes islamistes et de civils innocents au Pakistan, puissance nucléaire alliée.

L’Amérique de Barack Obama ne semble plus en mesure de maîtriser l’agenda du monde, ni même le sien. Or, ces dérives récentes et croissantes risquent de s’accentuer. Il faut anticiper, dans un court horizon de trois ans, une Amérique dirigée par un président moins ouvert sur le monde, moins pondéré et plus isolationniste que M. Obama.

Que faire, concrètement ? Il faut saisir l’occasion de cette crise de confiance mutuelle pour reconstruire une dynamique vertueuse. Les discussions actuelles sur un pacte transatlantique, source de croissance et de créations d’emplois en Europe comme aux États-Unis, doivent être interrompues sine die. Le temps pour les États-Unis de réaliser que les dégâts causés par leur espionnage systématique de la France, de la Commission européenne et de tous les pays de l’Union, est une impasse dangereuse. Qui, à Bruxelles, Paris ou même Londres, oserait signer dans les conditions actuelles un deal « équilibré», alors que le partenaire américain peut lire à livre ouvert les préparations, de ce côté-ci de l’Atlantique, des négociations ? Ce pacte fondé sur le mensonge, la méfiance et la dissimulation serait voué à l’échec.

Quelle initiative raisonnable pourrait être alors prise par Washington DC pour regagner la confiance perdue ? Tout simplement donner les clefs du programme PRISM à ses alliés de toujours, au premier rang desquels la France et le Royaume-Uni. Autrement formulé, il s’agit pour l’Amérique de restituer à ses alliés – sans pénalités – toutes ses données numériques sur les citoyens européens, qu’elle a illégalement pillées.

L’alternative – peu raisonnable – serait pour l’Europe, et en particulier la France, de se donner tous les moyens de récupérer sa souveraineté dans le domaine stratégique des données personnelles numériques, de l’Internet et des télécoms. Par « tous les moyens », on entend ici des moyens militaires de cyberdéfense significativement accrus. Faudra-t-il pour cela « craquer » les défenses du renseignement militaire américain, récupérer les données du programme PRISM, qui appartiennent aux Européens, aussi illégalement qu’elles ont été collectées ?

« Don’t be evil », nous rappelle la devise, pour incurables naïfs, du sympathique Google. On en formulera une autre, pour M. Obama : « Be smarter ». Le moment d’un vrai deal entre égaux, entre Européens et Américains, est venu.

avec Édouard Tétreau

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