Massacres de Beni : Défaillance ou complicité des FARDC ?

C’était « un tout petit peu » prévisible. Autant des tueries, dans un rayon de 50 Km sur-militarisé et jonché d’unités spécialisées – unité fantassin et unité commando de réaction rapide des FARDC, contingents tanzaniens de la brigade d’innervation de l’ONU, police nationale congolaise, divers contingents de la MONUSCO, police des Nations Unies, etc. – et que des inconnues tuent à l’arme blanche en plus de 10 séances sans être iniquité, non mois sans qu’un d’entre eux ne soit intercepté, il y avait de quoi soupçonner une certaine défaillance, si pas une complicité des services de sécurité.

En fin novembre 2014, le nombre des victimes du génocide de Beni frôle 300 personnes exécutées à l'arme blanche.
En fin novembre 2014, le nombre des victimes du génocide de Beni frôle 300 personnes exécutées à l’arme blanche.

Le très répétitif cocktail mortuaire en Beni ville et territoire a fini par mettre en nu les faiblesses des services de sécurité, de l’armée et de la police, ainsi que des leurs partenaires divers. Si certaines bouches parlent de défaillance, d’autre vont plus loin jusqu’à présumer une certaine complicité de l’armée loyaliste et les tueurs.

À en croire un rapport du cocus des députés du grand-nord du Nord-Kivu, le système d’alerte de la police nationale congolaise et de la Monusco ont accusé un criant échec. A plusieurs reprises, la population et les services de renseignement ont signalé l’imminence d’une attaque aux forces de l’ordre – après avoir reçu des tracts, par exemple – mais à chaque fois, aucune disposition n’a été prise.

« L’intervention arrive, mais toujours très en retard« , se plaint l’un d’eux. « Pire encore, des personnes censées coordonner la protection de la population, n’ont pas fait leur travail », précise-t-il.

La semaine dernière, dans la localité de Ngadi, à 7 km du centre de Béni ville ; un major FARDC, prévenu qu’une tuerie était en cours, aurait menacé « de fusiller tout élément de son unité qui oserait intervenir ». Des menaces également proférées contre un colonel qui voulait se rendre sur les lieux de l’incident le lendemain. Cette nuit-là, trente personnes seront tuées. Complicité ou crainte ? Le même rapport précise qu’un commandant de la police aurait fermé pendant près de 48 heures le numéro vert d’urgence que la population devait appeler en cas d’un éventuel attaque.

Pour rappel, un ancien ministre et opposant originaire de la région Beni avait remis en cause la version officielle d’attribution des massacres de Beni ville et territoire au groupe terroriste ADF-Nalu. Pour lui, l’armée congolaise n’a pas fait preuve que d’incompétence. Cet ancien allié de Kabila aux présidentiels de 2006 avait publiquement accusé le général Muhindo Akili aka « Mundos », commandant de l’opération Sokola censée lutter contre les ADF-Nalu, d’être le complice des rebelles.

Les jeunes de Butembo dénonçant le génocide qui sévit au Grand-Nord Kivu.
Les jeunes de Butembo dénonçant le génocide qui sévit au Grand-Nord Kivu.

Les accusations vont dans tous les sens. Les politiciens de la région se jettent désormais la responsabilité de ce festival de carnage ayant coûté Beni plus de 250 âmes. Si pour gouverneur Julien Paluku et le gouvernement de Kinshasa, c’est Mbusa Nyamwisi et ses proches qui instiguent ces tueries en prélude d’une nouvelle rébellion ; le camp de ce dernier ne cesse d’opposer l’avis contraire, accusant en coulisses Kinshasa de jouer au sapeur-pompier en vue de faire passer son opinion sur la révision constitutionnelle dans une communauté Nande du grand-nord, connue pour ses accointances avec le camps de l’actuel opposition congolaise.

A Beni ville et à Butembo, deux grandes agglomérations urbaines de l’espace culturel Nande, le camp du pouvoir ne compte qu’un seul député national sur les six. Le camp du pouvoir profiterait de cet imbroglio sécuritaire pour se faire consommer sa politique dans la région ? C’est l’avis de certains observateurs proches de l’opposition.

Pendant ce temps, des dizaines des politiciens et hommes d’affaires proches de Mbusa Nyamwisi et de l’ancienne rébellion du RCD/K-ML ont été arrêtés à Beni et rapatriés urgemment à Kinshasa par le service de renseignements.

Ces arrestations sont intervenues après que six radios proches de différents partis d’opposition, dont le RCD-KML et le Mouvement de libération du Congo (MLC) aient été scéllées dans le Butembo-Beni par le ministère des médias.

Pendant ce temps, le gouverneur du Nord-Kivu, a décrété à partir de 24 novembre un couvre-feu de 18 heures à 6 heures sur toute l’entendue du territoire de Beni. Il a été également déconseillé aux habitants d’aller cultiver dans des zones opérationnelles ; telles les localités de Mayangose, Tipiwe, Masulukwe, etc. Spéculation, palpitation ou précaution ? A temps de crise, tout bon stagiaire devient médecin…

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