Le Nord-Kivu n’est-t-il pas une autre Somalie ?

Après une période de calme apparent dans le Grand Nord – la zone qui descend des montagnes de Rwenzori au fond du lac Édouard et dans le parc national des Virunga – l’insécurité refait surface, meurtres à la manchette, d’attaques sommaires, des enlèvements et les personnes qui fuient les villages autour d’Oïcha et de la ville de Beni, troisième ville du Nord Kivu à l’est de la RDC – tel est devenu le quotidien des habitants de cette partie de l’Est de la République Démocratique du Congo. Ces attaques sont à tort ou à raison attribuées au groupe rebelle ADF qui a une direction de radicaux islamiques Ougandais et opérationnel dans la région de Beni depuis bientôt deux décennies et demie.

Rebelles dans l'Est de la RDC (Ph. Tiers)
Rebelles dans l’Est de la RDC (Ph. Tiers)

En Janvier 2014, l’armée congolaise, les FARDC, a lancé l’opération Sukola (nettoyer en lingala) contre les ADF après un haut profil victoire contre M23 près de Goma.Avant cette MONUSCO se préparait à prendre sur les rebelles par la portée de la logistique, l’organisation de programmes de sensibilisation dans les différentes villes et villages et les activités de renseignement.Le lancement coup de Sukola forcé la main avant que ces activités ont été réalisées.

Une source diplomatique de très haut niveau précise qu’à Kinshasa, il a été présenté comme un «fait accompli» le long des lignes de: « vous prenez le FDLR nous prendrons les ADF. »

Au moment, une campagne purement militaire contre les ADF risquait de piétiner, avec probabilité que la plupart des combattants locaux se dissolvent parmi leurs communautés de provenance, aux alentours de Beni et de Kasese, en cheval entre l’Ouganda et la RDC. A Beni c’était évident dès le début de l’opération militaire. Ce n’est que récemment, que trois familles composées d’environ 30 personnes ont été arrêtées dans la ville de Beni et accusés d’être connecté à l’ADF. Armes et des bombes artisanales auraient été trouvées dans les résidences des ces présumés collaborateurs des ADF/NALU. Quatre autres combattants capturés par l’armée ont également été récemment exposé à des journalistes alors qu’ils ont encore à faire face à un procès. La parade des prisonniers et d’anciens otages a été élevé de rassurer le public à une forme de gesticulation politique qui défie toutes les considérations éthiques énoncés dans la Convention de Genève.

Opération Sukola : entre échec et desinformation

Avant le lancement de l’opération Sukola, les niveaux de l’insécurité dans la région, étaient extrêmes. Les organisations internationales avaient cessé de fonctionner depuis longtemps, sauf sous une forme très limitée par les partenaires. Les enlèvements locaux, les prises d’otages et les kidnappings sont une industrie en croissance. Ainsi, une nouvelle vague de terrorisme urbain et de gangstérisme balaye Beni ville et territoire, dès le lendemain de l’assassinat du colonel Mamadou Ndala, alors que l’opération Sukola semblait avoir le soutien local.

massacre_beniL’opération a également vu une répression sur les médias – journalistes locaux ont été victimes d’intimidation et de harcèlement. L’accès «exclusif» aux sources d’information a surtout été accordé au gouverneur du Nord-Kivu que pour des rapports très moirées fournies à pour de raison de consommation extérieure et aux ambitions politiciennes. Un journaliste local, Germain Kennedy Muliwawo, qui a réussi à aller sur une patrouille pour couvrir ou reporter des informations sur ces opérations, avait été tué dans une embuscade tendue par les rebelles.

L’armée loyaliste a perdu environ 300 soldats avec plus de 400 blessés et a affirmé avoir tué plus de 500 combattants de l’ADF. Bien que les chiffres de troupes sont probablement plus ou moins correct, le nombre de combattants morts a été contestée à la fois localement et par le Groupe d’experts. De toute façon, tout le monde convient que la commande et de contrôle ADF reste intact.

Mais ce n’est pas que des mauvaises nouvelles et Sukola a certainement eu un effet sur l’ADF de longue date. Ses bases opérationnelles ont été attaquées, en partie démantelés et les rebelles ont été contraints de se délocaliser de plus en plus loin dans la brousse en groupes dispersés.la sécurité autour Kamango et Eringeti dans le territoire de s’était relativement améliorée et les populations locale de Mbau et Oïcha ont poussé un ouf de soulagement. Mais hélas, la fête aurait été anticipée !

Le monstre compte encore ses victimes

Rebelles dans l'Est de la RDC (Ph. Tiers)
Rebelles dans l’Est de la RDC (Ph. Tiers)

Comme qui dirait « avant le chant du coq », au cours des dernières semaines, neuf personnes ont été tuées dans une série d’attaques et d’enlèvements autour d’Oïcha. Cela a provoqué la fuite d’environ 90.000 personnes qui ont fini par trouver refuge dans des écoles, des églises et des maisons à Beni et Butembo. Là aussi, le malheur les a poursuivis comme si le malheur ne venait jamais seul. Une semaine après, ces tueurs inconnues ou peu connus ont réussi à opérer un carnage de plus au Nord de la ville de Beni. 23 morts de plus dont un militaire, c’est le bilan d’une incursion nocturne attribuée aux rebelles ougandais ADF/NALU au nord de la ville de Beni, dans le quartier Ngadi, la nuit du 15 au 16 octobre. C’est aux environs du point kilométrique 9 sur route nationale numéro deux à Ngadi au nord de la troisième ville du Nord-Kivu, à une demi heure de marche du campement FARDC et Monusco de l’aéroport de Mavivi que le drame s’est produit. La surmilitarisée Beni-ville, dans la zone qui a vu tomber le très médiatique colonel Mamadou Ndala en février dernier, là-même dans cette ville où le terrorisme urbain se porte désormais bien au vu et au su de tous, c’est aussi là que des vrais ou faux ADF ont exécuté à coups de machettes, des baïonnettes et des balles plus de 20 personnes.

Au zèle incommensurable et voué à son triste sort, l’administration locale n’a bénéficié ni d’une assistance de ses autorités hiérarchiques provinciales ou nationales, ni de l’aide humanitaire d’une quelconque ONG ou structure des Nations Unies.

Cela s’est accompagné des communiqués de presse de la société civile, répétées par les médias sans aucun doute, que l’ADF est responsable ce énième carnage.Cela est hautement improbable et met l’accent sur les dangers de se concentrer sur les groupes rebelles comme des entités distinctes.

Tout d’abord, en dépit de ne pas être payé pour les trois derniers mois, les FARDC poursuivent en brebis de boucherie avec les opérations Sukola. Le Général Léon Mushale, commandant de la troisième région, est arrivé récemment à Beni pour évaluer la situation en matière de sécurité, il s’est limité aux simples encouragements et promesses sans dire quoi que ce soit de plus rassurant.

En plus de cela, des insatisfactions sont on ne peut plus visibles au lendemain des reformes opérées par Kinshasa dans l’administration et l’organisation des FARDC. Nombreux sont des officiers qui n’y peut-être pas trouvé leur parts, alors qu’ils sont sur la ligne de front, en quête de paix et dans la visée de bouter l’ennemi. Mais aussi, les Tanzaniens de la Brigade spéciale d’intervention sont très visibles sur les routes entre Mbau et Komango.Le ADF ont été pourchassés et se sont refugiées en minuscules groupes très loin dans les forêts de part et d’autres de Eringeti et d’Oïcha.

Visiblement, ce qui se produit à Beni et Oïcha est l’ouvre des grands groupes de jeunes chômeurs qui traînent sans but avec peu ou rien à voir. Ces jeunes gens sont le fourrage pour les groupes Maï-Maï locaux fragmentés qui sont souvent formées par des ex-soldats mécontents et manipulés par les politiciens de la région, en lutte de positionnement.

Parfois, ces groupes de jeunes hommes s’organisent pour protéger leurs villages, mais trop souvent la nécessité économique et la politique enchevêtrées de la région les suce dans les réseaux de milices qui déplacent et changent parfois sur une base de survie.

De toutes les caractéristiques sont présentées, y compris le type d’armes utilisées et le mode opératoire – machettes et gourdins – indiquent que c’était l’un de ces groupes Maï-Maï réseau qui serait responsable des récentes attaques.Ils fonctionnent entre le Lubero et le Rwenzori et juste en face du Grand Nord.Ils fonctionnent comme un service d’appel sortant pour les politiciens locaux, les grands groupes Maï Maï et des gangsters locaux.

Au cours des dernières nuits, il ya eu de violents combats entre les FARDC et les Maï Maï dans la région Samboko qui est près de tous les sites des attaques récentes. Alors que le colonel réfractaire Hilaire Kombi, l’un chef de file de l’un de ces groupes, est actuellement dans le processus de désarmement, de nombreux miliciens qui opéraient avec lui sont toujours en cours des raquettes à travers Beni et Lubero. À divers moments, ils ont ralliés d’autres milices locales, y compris les Maï-Maï Simba de feu Paul Sadala alias Morgan et les groupes dissidents de l’omniprésent Kakule Sikuli Lafontaine du Sud Lubero.

Non seulement le mode opératoire – en plus de l’accent sur l’ADF dans ces réseaux négligés mais masque aussi la façon dont l’ADF et d’autres milices opèrent dans la communauté.Les divisions entre eux sont des poreux ; ils passent tout le temps et traverser parfois des frontières nationales.

Alors que l’ADF a un noyau très solide qui fonctionne selon sa propre Tablighi défini et influencé par sa vision, comme un ensemble de poupées russes, il est fortement cloisonné.Cela permet aux rebelles de maintenir un réseau sur plusieurs nivaux qui lui fournit des sources de financement et de soutien qui s’étendent à l’iternationale.

En dépit d’un groupe de commandement qui fonctionne en dehors de la République démocratique du Congo, depuis plus de 25 ans, l’ADF a été intégré au niveau local et est un pourvoyeur d’emplois par le biais de ses diverses opérations commerciales semi-légitimés et finançant des nébuleuse de business via des opérateurs économiques de la région entre Beni, Butembo, Goma, Rutshuru, Kasese, Kampala, Nairobi et Mombassa.

Même s’il est on ne plus « mois courtois » d’affirmer que les ADF financent une partie de la florissante activité commerciale – les taxis, les magasins et ainsi de suite – il faut directement penser à une solution négociée entre les acteurs impliqués dans le processus car c’est là que la logique d’une solution militaire s’effondre.

Pendant ce temps, le retour des villageois déplacés a été entravé par un manque cette crise partielle qui frappe le Beni-Lubero suite à la flambée du prix de l’essence due à une rareté cette denrée à la pompe, rareté attribuée à une grève qui a vu les prix propulsés à 5 $ le litre. Des ONG locales ont constitué des délégations auprès FEC – Fédération des entreprises congolaise – demandant que les « tout-puissants pourvoyeurs de l’essence» suspendent leur grève afin de permettre le transport pour ceux qui souhaitent retourner dans leurs villages. Les seules personnes capables d’accéder à des liquidités de la banque ont été les élites locales et les soldats non payés ont eu recours à manger les cultures qui ont été cultivées par les ADF avant d’être pourchassés.

Pour Kinshasa, en plus de ne pas comprendre l’ADF et le paysage plus large dans lequel il opère, les opportunités passées pour le retour de la paix et l’amnistie sont bloquées et des solutions politiques aux courants complexes de l’instabilité dans le Grand Nord demeurent ignorées.

L’ADF est un groupe bien géré au soutient rebelle et financier toujours actif – mais pas n’importe où près d’Oïcha.Il ya beaucoup d’intérêts en jeu dans la région, qui sont contournées fois par Kinshasa et d’autres acteurs que ce soit pour l’opportunisme politique ou autre.

Comme un dragon à plusieurs têtes, ces échecs continueront à traquer les deux Congo et l’Ouganda où l’instabilité est utilisée comme un outil politique et économique.L’extraction de pétrole sur les frontières ne feu que projeter de l’huile sur le feu.

La situation de la sécurité dans la région demeure fragile. Malgré un appel de groupes de la société civile de Béni pour une grève afin de réclamer des mesures contre ces nouvelles attaques de grande envergure, des opérations militaires ne sauront pas réparer cette fragilité. Diplomatie et stratégie ! Je n’ai rien dit…

Marcel Héritier K. Kapitene

Publicités

Une réflexion sur “ Le Nord-Kivu n’est-t-il pas une autre Somalie ? ”

Les commentaires sont fermés.