Affaire Kutino : De la condamnation à la grâce présidentielle – Récit et faits marquants

Le président de la République démocratique du Congo a finalement accordé une grâce présidentielle au pasteur Kutino Fernando, chef spirituelle de l’église Armée de Victoire et de L’ASBL « Sauvons le Congo » rattachée à l’opposition et proche du MLC de Jean-Pierre Bemba. Pendant que Jan Bertrand Ewanga Issewanga, un autre opposant et secrétaire général de l’UNC de Vital Kamerhe devenait locataire à la prison de Makala, un autre opposant prenait congé de cette structure carcérale qui compte plus d’une dizaine d’opposants au régime actuel de Kinshasa.

Bishop Kutino Fernando Kua Kutubila, avant et pendant la détention au CPRK/Makala (Ph. The Kivu Times)
Bishop Kutino Fernando Kua Kutubila, avant et pendant la détention au CPRK/Makala (Ph. The Kivu Times)

Dans l’affaire Kutino, le président Joseph Kabila motive son ordonnance promulguée dimanche 14 septembre et portant «mesure individuelle de grâce» par sa volonté de «marquer de manière particulière la cohésion nationale par un acte individuel de clémence

Cette libération n’a pas eu lieu dans le cadre des vagues de libérations de prisonniers accordées en exécution de la loi d’amnistie pour faits insurrectionnels, faits de guerre et infractions politiques. Selon les autorités pénitentiaires, le pasteur Kutino n’était pas éligible à cette mesure parce que, incarcéré à la prison centrale de Makala pour un crime de sang.

Longtemps attendue et plusieurs fois annoncée, la libération du pasteur opposant est une page et non la moindre dans l’histoire de la démocratie postélectorale de 2006 et 2011 en RDC :

Mai 2006 : Arrestation à Kinshasa

A peine de retour d’exil, le fondateur de l’Eglise l’ «Armée de victoire» a été arrêté dimanche 14 mai par la police congolaise au siège de cette église, dans la commune de Kasa-Vubu. Kutino Fernando revenait du stade Tata Rapahaël où il avait prêché devant ses fidèles, venus nombreux l’écouter. Il est accusé de détention illégale d’armes et des propos incitant à la haine, selon le gouverneur de la ville de Kinshasa.

À en croire le gouverneur honoraire de la ville de Kinshasa, sieur Kimbembe Mazunga, «Il [Kutino, ndlr] a (avait) déclaré entre autre que le pays est vendu aux étrangers (…) ». Au sujet de la détention des armes de guerre, Kimbembe avait précisé à Radio Okapi que parmi les gardes du corps de Kutino, deux étaient appréhendés dont l’un rattaché à l’état-major de la garde rapprochée de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, et l’autre serait l’un des éléments ayant été cités dans plusieurs coups dont celui de l’opération «Pentecôte» de 2004.

À la question de savoir quel type et combien d’armes ont été trouvées chez Kutino, le gouverneur Kimbembe avait répondu sèchement: «Écoutez monsieur, vous n’êtes pas entrain de faire une instruction. Vous êtes en train de chercher une information».

Début Juin 2006 : Ouverture des Audiences

L’affaire est ouverte au tribunal militaire de la garnison de Kinshasa. Le pasteur Ngalasi, chef d’une autre église de réveil accuse Kutino de tentative de meurtre sur sa personne.

En plus de l’accusation de détention d’armes et munitions de guerre, le chef spirituel de l’Armée de Victoire est poursuivi pour tentative de meurtre du pasteur Ngalasi de l’église «La Louange». L’audience de juin 2006 a été consacrée à ce dernier chef d’accusation dont le dossier remonte à 2002.

La défense de Kutino est rassurée au début des audiences, et Me Patrick Kanyanga, l’un des avocats de Kutino rassure à l’issu de l’une des audiences : «C’était bien. Il fallait que l’audience se passe comme ça, une belle bataille judiciaire. C’est tout ce que nous demandons, même s’il y a eu certaines positions du tribunal qui ne nous ont pas plu.»

Fin – Juin 2006 : le verdit est prononcé

Le vendredi 16 juin 2006 à l’Inspection provinciale de la police de Kinshasa, le tribunal condamne le pasteur à 20 ans de prison ferme. Il a été prononcé par le tribunal militaire de la garnison de Gombe siégeant en chambre foraine. Mais pour ses avocats contactés, le pasteur Fernando Kutino ira en appel auprès de la Cour militaire de la Gombe où il espère se défendre valablement.

Ce tribunal a ainsi fait application de l’article 7 du code pénal militaire en prononçant la peine la plus forte : 20 ans de servitude pénale principale avec 10 ans de durée minimale de sûreté incompressible, c’est-à-dire, une période pendant laquelle le condamné ne pourra bénéficier d’aucune remise de sa peine.

Novembre – Décembre 2011 : « Kutino », discours de campagne

À la veille et pendant la campagne électorale de 2011, le nom du pasteur Kutino est cité par les opposants. Certains de ses anciens tombeurs qui viennent de faire un virage à 90° vers l’opposition, se servent de son nom pour s’attirer de la popularité parmi ses adeptes et ses supporteurs à Kinshasa et ailleurs à l’ouest du pays. Nombreux sont des nouveaux opposants qui promettent que s’ils prennent le pouvoir, ils vont libérer les prisonniers politiques dont Kutino, Willy Mishiki, Bakungu Mitondeke, etc. Ils promettent d’élever aux rends des héros nationaux d’autres acteurs sociopolitiques assassinés pour des prises de positions contraires à l’opinion du régime actuel, notamment Floribert Chebeya, Armand Tungulu, Fidèle Bazana, Franck Ngikye, etc.

Août 2013 : AVC – admis au Centre Nganda

Le jeudi 28 août Kutino est admis au service des soins intensifs du centre hospitalier Nganda, à Kinshasa. Selon des sources médicales, il a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), mais son état est stable. Il quittera cette strucutre sanitaire après une stabilisation de son état de santé. Il a bénéficié de l’appui du cardinal de Kinshasa qui lui prête son médecin personnel.

Décembre 2013 : Kutino hormis d’une vague des graciés

Kutino Fernando ne bénéficiera pas de la grâce présidentielle accordée à Quatre-vingt-cinq autres prisonniers à travers le pays par le chef de l’État à la suite des concertations nationales. Selon les autorités pénitentiaires, « le pasteur Kutino n’est pas éligible à cette mesure parce qu’il a été condamné pour un crime de sang. »

Seuls les prisonniers poursuivis et condamnés pour des crimes de droit commun, et non de sang, ont pu bénéficier de la mesure de grâce présidentielle.

Qui est Kutino Fernando ?

Fondateur et Président Directeur Général de la Mission Mondiale Message de Vie, Directeur Général de la Radio Télé Message de Vie et Pasteur Responsable de la grande communauté Chrétienne « Armée de Victoire », Kutino Fernando, marié à Madame Emie Mananga sous l’égide de Johan Maasbach, Père spirituel et premier Apôtre de la communauté chrétienne Armée de Victoire, l’homme est né à Kinshasa à une date gardée secrète par ses adeptes pour des raisons méconnues.

Fils de Kutubila Ku Mambika Ndunga Ndunga et de Munkento Yabuna. Originaire de Kivunda, territoire de Luozi, district des Cataractes, Province du Bas-Congo,  République Démocratique du Congo, Kutino a passé son enfance à Kinshasa, dans la commune de Kasa-Vubu, sur avenue Busumelo, à 500 mètres de la paroisse Christ-Roi.

A l’époque, son père Kutubila Ku Mambika Ndunga Ndunga, Homme d’affaires et Président de l’AS VITA Club, faisait duel avec un associé portugais du nom de Kutino Fernando, c’est ce dernier qui demanda d’adopter le fils de son associé. A la Zaïrianisation Kutino Fernando devint Kutino Fernando Kua Kutubila, ce qui signifie Kutino Fernando fils de Kutubila.

Il commence ses études primaires à l’Athénée de la Gombe (Kinshasa/RDC), pour entreprendre ensuite les humanités à la colonie de Boma et les terminer à l’Athénée de la Gombe en section scientifique. Il embrasse ensuite les études universitaires à L’Université Paris VIII, Vaux-sur-seine et la Sorbonne en France où il obtint une licence en Théologie, en philosophie et en psychologie. Il est aussi licencié en Missiologie, diplôme obtenu à Nairobi au Kenya, pendant son exil.

Comme ses frères de l’Ouest de la RDC et de son Bas-Congo d’origine, Kutino se rapproche de Jean-Pierre Bemba lors de la campagne électorale de 2006. Ses prises de positions ouvertes contre le président Kabila à qui il colle publiquement dans ses prédications une nationalité étrangère lui coûté tout ce qu’il a du endurer avant de bénéficier de la grâce présidentielle en mi-septembre 2014 après huit années passées entre maladies et arrestations.

By Mc.-Héritier & Lola Kabamba – ©The Kivu Times™ – Monday, September 15, 2014

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