Territoire de #Beni (Nord-#Kivu) : Les paysans rejoignent peu à peu leurs champs de Cacao

La traque des ADF/NALU presqu’achevée, l’ère est nouvelle dans le territoire agricole de Beni dans le Nord de la province du Nord-Kivu. Reconnu pour son potentiel immense en cacaoculture dans ses extrêmes-est notamment en chefferies de Beni-Mbau, Watalinga et Ruwenzori, le territoire de Beni est aussi un foyer important de production vivrière. Plaque-tournante des activités commerciales frontalières et du trafic de bois, le territoire de Beni a, les deux dernières décennies, été proie des kidnappings et des otages ciblés des terroristes ougandais ADF/NALU. Au lendemain des opérations Ruwenzori, les paysans peuvent désormais regagner leurs champs abandonnés jadis.

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Peu exigeante et assez rentable que le café, la culture du cacao prend de plus en plus de l’ampleur dans le territoire de Beni, à l’est de la RD Congo. En améliorant le revenu des agriculteurs et favorisant les échanges, il redonne vie à la région, 20 ans après des guerres et des occupations étrangères de tout genre.

Près d’un millier des familles avaient déserté leurs champs, craignant pour leurs vies suite à des incursions et enlèvements perpétrés continuellement par les rebelles ougandais ADF/NALU, actif dans la région depuis la chute du régime du dicteur ougandais Idd Amin Dada. Démantelés et quelquefois mis en déroute, ces rebelles recourent plusieurs fois aux paysans pour gonfler leurs effectifs. Des enlèvements d’individus, des pillages des récoltes, des assassinats des résistants, etc., voilà autant des maux auxquels les paysans de Beni ont toujours fait face.

Tard, au soir de l’année 2013, sont lancées les opérations militaires contre le rebelle ougandais ADF/NALU par les FARDC appuyées par la MONUSCO. C’est peut-être un salut pour les cacaoagriculteurs de la région, qui ont vu leur production baissé, au détriment de leur quotidien. Le cacao est l’une des cultures pérennes qui se portent bien dans la région de Beni. Il procure du revenu à près de la moitié des ménages paysans de cette partie du Nord-Kivu.

Un nouvel élan post-occupation rebelle

La vie des paysans reprend et change progressivement dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. La production du cacao, que les paysans de cette région ont adoptée, à la place du caféier qu’ils ont toujours exploité explique ce changement récent. Introduite dans la contrée depuis fin 1999 par les agronomes de l’Office national de café (ONC), cette culture, qui a les faveurs des agriculteurs, s’est rapidement imposée. « Lorsqu’ils ont découvert cette nouvelle culture, les paysans ont constaté que les travaux sont moins coûteux et ils n’ont pas hésité à l’adopter« , déclare Moise Masimengo, agent au service de développement rural de Beni.

Pour entretenir les plantations de cacao, seul le coupe-coupe est nécessaire ainsi que quelques soins et traitement alors que le café nécessite plus d’attention. En outre, le café ne donne des revenus qu’une fois par an, alors que le cacao se récolte trois à quatre fois par an, ce qui donne aux paysans des rentrées d’argent plus régulières.

Après la récolte, le cacao est séché durant 7 à 15 jours, selon Alphonse Kakule, agronome, pour donner le cacao marchand. Sur le marché local, le kilo se négocie autour de 900 Fc (1 $). Deux sociétés installées à Beni, Edmond Shielder company et Clément & Cie, l’achètent pour l’exporter vers le marché ougandais ou européen. L’une d’elle, Clement & cie, a exporté 9000 t pour la seule période de janvier à juillet 2007.
Pour Hassan Mirumba, un planteur qui possède 8 ha de plantation, le cacao répond à l’essentiel des besoins de son ménage. « La récolte me rapporte environ 150 000 Fc (soit 300 $) par trimestre », affirme-t-il, alors que le café ne lui faisait gagner pas plus de 500 $ toute l’année.

« Ma plantation produit au bout de 45 jours 2000 cabosses qui après fermentation donnent 300 kilos », déclare de son côté François Katembo, cultivateur. « Depuis l’introduction de la culture du cacao dans notre collectivité, mes enfants et ceux des autres agriculteurs ont retrouvé le chemin de l’école« , se réjouit Denis Kavusa, cultivateur au village Matumbi.

La vie reprend dans les villages

Encouragés par les résultats de cette culture, les villageois multiplient désormais les plantations un peu partout dans la région. De Kamango à Masimbembe, en passant par Eringeti et Maymoya, presque toutes les agglomérations situées dans un rayon de 60 km autour de Beni se lancent dans cette nouvelle filière agricole. Encadrés par des agronomes, les planteurs sont formés sur la manière de pérenniser leur culture. Pour installer la confiance entre agriculteurs et acheteurs, les mêmes agronomes jouent les intermédiaires et encouragent les planteurs à se regrouper en coopératives.
Cette organisation autour de la production et de la vente du cacao fait à nouveau circuler l’argent dans les villages. Des boutiques, des bistrots rouvrent, le petit commerce reprend…

Ce changement de l’environnement économique redonne petit à petit l’espoir aux villageois. « Les commerçants nous amènent désormais les produits de négoce et réduisent notre déplacement en ville« , se réjouit Mwami Bamukoka, chef de groupement de Watalinga. « Il est très intéressant, poursuit-il, de constater que la misère commence à disparaître et que les activités commerciales prospèrent dans notre entité ».
Planteur, Justin Kambale ne cache pas sa joie en montrant sa nouvelle maison en terre battue, « fruit de ma plantation de cacao ». Tenancière d’une terrasse à Eringeti, Leila Kavira avoue faire maintenant des bénéfices considérables grâce aux échanges qui se tissent entre producteurs et acheteurs attirés par le cacao. « Je gagne jusqu’à 100 000 Fc (soit 200 $) par mois, dit-elle. Mes clients se comptent surtout parmi les agriculteurs et les commerçants qui apportent divers produits aux agriculteurs. Avant, je gagnais difficilement 20 $ ».

©Marcel-Héritier Kapitene

Avec SYFIA G.-L. et Radio Moto Butembo-Beni

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