[#Éditorial] – Que s’est-il passé afin ? La #République des éternelles « #Enquêtes en cours…»

« Enquêtes  » – C’est d’habitude que ce mot est lancé par nos organes de presse. Mais cette locution n’est pas neuve. Elle date des soirs des temps, et dès lors, elle couvre toutes les velléités entreprises directement ou indirectement par le pouvoir et ses complices ; ou encore par les ennemis de ce même pouvoir, à qui la marge de manœuvre et quelques laxismes ouverts ont attribué des couloirs d’expressions et d’actions. Et tout ça, la première victime « éternelle » demeure la population dont le silence, parfois complice ou peureux, donne matière à réflexion. Mais les avertis en ont marre, quelque fois, bien que les enquêtes soient toujours en cours…

Top_Secret

Chaque fois que les intérêts du peuple ou de la nation sont foulés aux pieds, on se limite à dire, par des voies officielles et officieuses, que les enquêtes sont en cours. C’est la tournure trouvée par le parolier national pour apaiser les esprits. Au moins, à chaque dérapage national, ou à chaque déception des gouvernants envers les gouvernés, on ne dit que « les enquêtes sont en cours… ».

Dans le Kivu, le cas le plus moins élucidé, et dont les « enquêtes sont en cours », est malencontreusement celui de l’assassinat du colonel (général) Mamadou Ndala Moustafa, lâchement abattu à Béni-ville en date du 2 janvier 2014. Depuis lors, les « enquêtes sont encours » et rien n’a été communiqué à la nation. Quand la presse en parle ; la réponse est simple « les enquêtes sont en cours, point barre ». Et pour les mêmes faits, son aide de camps, le capitaine Banza a été arrêté quelques jours après, dit-on pour raison d’enquêtes. Mais que disent ces enquêtes ? « Les enquêtes sont en cours, point barre »

Cet assassinat, le énième, et les événements qui se sont déroulés le 30 décembre 2013 de façon synchronisée, concomitamment à Kinshasa, sur trois sites par essence stratégiques (la RTNC, le bâtiment abritant le ministère de la défense, le quartier général de l’État-major général des Forces armées et l’aéroport international de N’Djili ; au Katanga dans les villes de Lubumbashi et de Kolwezi ; et dans le Maniema à Kindu), méritent d’être décryptés avec la plus grande minutie car ils sont révélateurs de l’état réel de la Nation à divers points de vue : sécuritaire, politique et socio-économique. Mais, les « enquêtes sont en cours… »

Pour le cas des Kinshasa et des autres provinces du centre et du sud du pays dont les « enquêtes sont en cours », les faits semblent être connus :

  1. Incursion de personnes munies d’armes blanches et non autrement identifiées, dans l’enceinte de la RTNC. Ils tuent des éléments des forces de sécurité et de l’ordre affectés à la garde et à la sécurité des lieux ; font irruption sur le plateau de la télévision où ils prennent en otage des journalistes en pleine émission, diffusée en direct. S’ensuit un imbroglio qui se terminera quelques minutes plus tard par l’interruption du signal TV. Les assaillants, une poignée de jeunes gens habillés de T-shirt se seraient réclamés d’un gourou politico-religieux katangais, pasteur de l’église de la restauration et ancien candidat à la présidentielle de 2006. Commencée aux environs de 8 heures du matin, l’aventure s’achèvera en milieu d’après-midi par l’assaut des forces de sécurité. Quel est le bilan réel ? « Les enquêtes sont toujours en cours… »

  1. Attaques du Ministère de la Défense Nationale et du Quartier Général de la défense et des forces armées, de l’aéroport de N’Djili, toutes (attaques) repoussées à coup d’armes lourdes. Quel est le bilan réel ? « Les enquêtes sont toujours en cours… »
  1. Mêmes types de troubles à Lubumbashi, Kolwezi et Kindu. Quel est le bilan réel ? « Les enquêtes sont toujours en cours… »

Intervenant à la télévision nationale après la reprise de contrôle de la RTNC, le porte-parole a fait état de « tentative de déstabilisation du pays par des terroristes». Mais, aucune précision n’est officiellement donnée sur les motivations et les intentions des assaillants et sur leurs commanditaires. S’en est suivi une psychose d’insécurité et de méfiance vis-à-vis des garanties républicaines de justice et de paix, en même temps que s’est consolidé et aggravé ce sentiment de mépris des gouvernants à l’endroit du droit à l’information des citoyens et de leur obligation de rendre compte. En somme, cette psychose vient renforcer le grave malaise que les concertations nationales ont entendu enrayer, apparemment en vain.

Le pouvoir se plaint souvent, en RDC, de la vigueur des rumeurs ; il faut bien admettre qu’il s’agit largement de la conséquence d’une gestion calamiteuse d’un droit républicain fondamental qui est le droit à l’information et sa non observance peut déboucher sur une propension à des diverses manipulations de l’opinion publique.

Dans ce registre des rumeurs, certains observateurs et analystes n’hésitent pas à lier ces événements avec les récentes promotions au niveau de la police nationale, confirmant la mise à l’écart de l’ancien Inspecteur général qui avait été suspendu à la suite de l’affaire Chebeya – dont « les enquêtes sont toujours en cours… ». Dans la même lancée, on a évoqué de possibles connections avec les milices « Bakata Katanga » – dont « les enquêtes sont toujours en cours… ».

Ces supputations ont été énergiquement démenties par l’officier général de la Police concerné dans une entrevue qu’il a accordée à une radio de la place, la Radio Okapi, pour ne pas la citer. Mais, dans tout ça, « les enquêtes sont toujours en cours… »

Entre temps, d’autres événements dramatiques ou insolites rappelés ci-haut continuent à troubler la paix et la conscience des citoyens : l’assassinat du Colonel NDALA au cours de ce qui est présenté, sous diverses versions, tantôt comme une embuscade du groupe rebelle ougandais NALU ; tantôt comme le fait d’un civil, isolé, faisant usage d’une lance roquette… A l’aéroport militaire de Ndolo, des agitations et perturbations ont été signalées sans que le pouvoir n’en précise réellement la nature, ni les tenants et les aboutissants. Tout comme avant-hier à Lubumbashi. Le Gouvernement se limite à dire chaque fois qu’il s’agit d’un soldat saoul qu’il fallait maitriser. La Ville de Kinshasa a connu également le jeudi 02 janvier 2014 dernier, ses heures de panique et d’angoisse, …

Ces événements malheureux qui endeuillent notre Nation et continuent à semer le trouble et la désolation dans plusieurs coins de la République nous interpellent à plus d’un titre et nous rappellent que la cohésion nationale et la paix exigent de nous plus qu’un congrès de la majorité présidentielle et de ses alliés. Mais, « les enquêtes sont toujours en cours… »

D’ores et déjà, ces événements sont la conséquence d’une cohésion nationale en déconfiture, d’une gouvernance de défiance et de mépris, d’une gestion patrimoniale et opaque de l’État, d’un traitement subjectif du statut des services d’ordre et de sécurité, de l’éternelle question de la réforme de l’armée et des services de sécurité, du traitement nébuleux du dossier M 23, du manque de vision sur la façon de mettre un terme définitif à la crise de la région des grands lacs. C’est ce qui a fait d’ailleurs dire au Chef de la MONUSCO, Monsieur Martin KOBLER, dans son mot des vœux de nouvel an 2014, que la RDC a des problèmes de bonne gouvernance.

Jusqu’à quand et où nous mèneront-elles ces enquêtes ? La nation se meurt…

© Mc.-Héritier K. Kapitene – The Kivu Times ® – Wednesday, April 23, 2014

Publicités

Une réflexion sur “ [#Éditorial] – Que s’est-il passé afin ? La #République des éternelles « #Enquêtes en cours…» ”

  1. Je conçois très mal qu’un citoyen, vrai citoyen, que dis-je, un congolais de nationalité
    imagine que plaquer une atroce affaire sur un lamentable autre crime figurere parmi les auteurs, même par complicité. Toutefois, les circonstances tracées, on ne pourra pas laisser pour compte ce chapelet de situations si jamais nous rencontrons notre propre conscience. En clair, mutatis mutandis, on devra incessamment affronter la vraie vérité si on peut essayer. Au tournant, si vous voulez bien.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s