Affaire « Muhindo Nzangi » : Attendre, toujours attendre – Une patience à bout de souffle…

Interpellé depuis l’année dernière, l’élu du Nord-Kivu totalisait le 11 août dernier une année d’incarcération au Centre pénitentiaire de Kinshasa-Makala (CPRK). Pendant ce temps, la loi d’amnistie, tant  entendu du public congolais, dont Muhindo Nzangi Butondo serait bénéficiaire, tarde à produire des effets. La « LUCHA » – Lutte pour le Changement – un mouvement de jeunes de la Goma semble essoufflé de demander en instance la mise en liberté de l’élu du Nord-Kivu.

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L’ancien député provincial du Nord-Kivu élu du territoire de Lubero et trop vite élu national pour le compte de la capitale de sa province n’aura passé que moins d’une année parmi ses collègues au palais du peuple. Muhindo Nzangi, cet élu de la Majorité présidentiel, était un des rares députés qui transcendaient les appartenances politiques et ethniques pour dénoncer le laxisme de l’exécutif provincial du Nord-Kivu que national.

À l’origine, une lutte de pouvoir de pouvoir intra-MP

Fraîchement sorti des moules de l’Université Catholique du Graben, ce jeune de Lubero au Nord-Kivu réussi à rafler un  siège de député provincial sur la liste MSR à côté de son frère Julien Paluku alors du RCD/K-LM, qui devint très tôt gouverneur de ladite province avant de former sa propre formation politique, le BUREC. Issus des collines voisines, Paluku et Muhindo deviennent très vite opposants, depuis la guéguerre qui oppose Vahamwiti Mukesyahira du MSR (Mouvement Social pour le Renouveau) et Paluku Kahongya du RCD/K-ML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie –  Kisangani Mouvement de Lib&ration) à la tête de l’exécutif du Nord-Kivu. Le combat est lancé… Loin d’être une lutte RCD/K-ML – MSR ou plus tard BUREC – MSR, elle est resté et demeure une lutte Nzangi – Kahongya. Le Kyaghanda (association communautaire Yira, ndlr) tente de concilier ce différent – ou mieux ce conflit de leadership – entre ces fils du Lubero, mais les accointances produisent des effets parfois moins imprévisibles.

La goute d’eau qui déborda le vase est le fameux rapport d’audit de Monsieur Nzangi qui révéla un probable détournement de 6 millions de dollars américains par l’exécutif du Nord-Kivu avec la complicité du gouverneur Paluku dont certains proches et membres du cabinet avaient été trouvé avec des sceaux parallèles. Nzangi va jusque un peu « trop loin » jusqu’à demander la démission du gouverneur Paluku. Une motion est introduite à ce sujet à l’assemblée provinciale, mais les élucubrations font qu’elle ne porte pas des fruits escomptés par le camp Nzangi de la majorité centriste modérée et quelques opposants. La guéguerre dura tout un mandat, avec une succession des déclarations dans la presse et des conférences débats dans leurs fiefs du Beni-Lubero où les deux jeunes politiciens, Julien Paluku et Nzangi, appuyés par leurs lieutenants à l’époque (Jaribu Muliwavyo, Kasivita Nzanzu, Jeannot Lukambo, Kazungu, Me Baumbilia Mukinti Jean, etc.), ne cessaient de s’entre-projeter des peaux de bananes.

Il s’agit bel et bien d’un conflit de pouvoir dont la victime devint celle dont la parcelle d’influence est moins étendue sur la colline du chef « Autorité morale de la Majorité Présidentielle ». Les intérêts, soit…, tout dépend des dettes morales envers l’« archi-chef », bien que la victime soit issu d’une parti qui a donné 42 députés nationaux à la nouvelle alliance, et son tortionnaire qui n’en a aucun, sauf son ombre. Muhindo Nzangi  était presque restée une menace interne au sein de la MP, qu’il fallait à tout prix isoler et mettre hors d’état de nuire.

Le pouvoir pour le pouvoir, pas plus – pas moins…

L’affaire Muhindo Nzangi Butondo, du nom de ce Député national du Mouvement Social pour le Renouveau, le Parti du Conseiller Spécial du Chef de l’État en matière de sécurité et deuxième force politique de la majorité présidentielle, qui a écopé de trois ans de prison ferme pour « atteinte à la sûreté de l’État », et qui a vu un média, la Radio Kivu One, être injustement sanctionné pour un mois par la section provinciale du l’Instance de régulation des médias (CSAC), est à ce point illustratif un véritable dilemme pour les acteurs de la liberté de la presse et d’expression dans cette partie de la République.

Une semaine après l’arrestation à Goma du Député Muhindo Nzangi, son transfert à Kinshasa, et sa condamnation par la Cour Suprême de Justice dans une procédure de flagrance, alors que son Parti dénonçait un « montage politique odieux » mettant en cause les autorités de la province et les services de l’ANR (Agence nationale des renseignements), ainsi qu’une « parodie de justice qui déshonore la République aux yeux du monde », on rapporte qu’un autre acteur politique, membre de l’opposition, avait été également arrêté à Goma, inculpé pour atteinte à la sûreté de l’État, rébellion et incitation à la révolte. Selon nos informations, Christian BADOSE, porte-parole, du parti ECIDE à Goma a été transféré par le parquet à la prison centrale de Munzenze où il a comparu à la chambre de conseil qui a confirmé les charges et sa détention.

Et si la presse y était pour quelque chose ?

Parmi les victimes collatérales des faits reprochés au député Muhindo Nzangi figure malheureusement une émission de débat politique, à travers laquelle il a fait sa dernière sortie médiatique, diffusée sur les ondes de la Radio Kivu 1, station privée émettant à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

Le député Muhindo Nzangi a été interpellé dimanche 11 août 2013, à Goma, après avoir participé à une émission de débat intitulée « Perspective de la semaine » consacrée à l’actualité politique. Il a été transféré le même jour, sous escorte militaire, à Kinshasa pour y être jugé autour des propos qualifiés « d’atteinte à la sûreté de l’État et d’offense au Chef de l’État » qu’il aurait tenus le même dimanche sur les ondes de la Radio Kivu 1.

En effet, au cours de cette émission, Muhindo avait mis en cause les autorités congolaises et la Monusco dans la guerre qui opposait depuis plusieurs mois l’armée régulière aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23).

A Kinshasa, le député national Muhindo Nzangi a été jugé en procédure de flagrance par la Cour suprême de justice qui lui a infligé une peine de trois ans de prison ferme pour « atteinte à la sureté de l’État ».

L’affaire Muhindo Nzangi qualifiée de « montage politique » a jeté un discrédit avéré sur le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), instance de régulation des médias congolais. La section provinciale du CSAC/ Nord-Kivu a suspendu, mardi 13 août 2013, pour une durée d’un mois, l’émission « Perspective de la semaine » diffusée par la Radio Kivu 1, station émettant à Goma. Le présentateur de cette émission, Alain Chuma, a été reproché d’avoir laissé passer sur les ondes de ce média les propos qualifiés de « débordement et de dérapage » de M. Muhindo Nzangi.

Le péché commis par le journaliste au travers de son émission de débat politique et d’analyse sur les questions d’actualité était de laisser l’un de ses invités, le député Muhindo Nzangi, dénoncer l’inaction de la Monusco et des autorités congolaises face à l’insécurité récurrente qui prévaut dans l’Est de la RDC.

Selon la décision CSAC/NK/03, au cours de l’émission « Perspective de la semaine » diffusée dimanche 11 août 2013 « certains intervenants ont débordé et que ses dérapages constituent des violations des lois de la République, de l’éthique et de la déontologie ».

La section provinciale du CSAC/Nord-Kivu a été incapable d’étayer sa décision, taillée sur mesure, par l’illustration des propos tenus par le député national Muhindo Nzangi. Nulle part pourtant, le CSAC/ Nord-Kivu n’a donné les références légales et professionnelles que l’émission incriminée, moins encore le journaliste, aurait violées.

Au regard de ce qui précède, il y a lieu de fustiger le rôle de bras séculier de certains services et institutions joué par le CSAC. La décision inique prise par cette institution «d’appui à la démocratie » est visiblement dictée par des politiques.

Un « procès politique »

La sentence de la Cour Suprême de Justice a été décriée par le Mouvement Social pour le Renouveau dont est membre le député Muhindo Nzangi. Selon ce parti politique de la mouvance présidentielle, au regard de l’instruction de la cause, du réquisitoire du ministère public et des plaidoiries des avocats de l’accusé, aucune infraction intentionnelle n’a été clairement prouvée à charge du député mis en cause. Ce qui a poussé cette deuxième force de la plate-forme présidentielle a douté de la neutralité, de l’impartialité de la justice congolaise en qualifiant ce procès de « politique ». « Le MSR condamne cette parodie de justice qui déshonore nos institutions et fait la honte de notre pays aux yeux du monde. (…) Le MSR dénonce les instigateurs de cet odieux montage qui ne sont autres que les Autorités de la province du Nord-Kivu et de l’ANR qui, se prenant pour le nombril du monde, s’emploient à imposer l’intimidation, l’arbitraire et l’iniquité en lieu et place des valeurs républicaines », peut-on lire dans la déclaration politique du MSR.

Cette formation politique a par ailleurs « dénoncé les méthodes et approches qui tendent à enfermer les institutions de la République dans une dérive totalitaire et de mettre particulièrement l’appareil judiciaire au pas ». Muhindo Nzangi qui n’en revenait presque pas à ses yeux, s’est seulement fié à son sourire traditionnel alors qu’il était en train de passer son dernier coup de téléphone de l’année 2013.

Qualifiant ce procès de montage, le MSR était passé à la vitesse supérieure en suspendant sa participation à toutes les rencontres et activités à caractère politique au sein de la majorité présidentielle, parmi lesquelles les travaux préparatoires des concertations nationales et les concertations proprement dites tant que l’injustice décriée n’aura pas été réparée.

Le MSR a mis de l’eau dans son vin après que ses responsables aient rencontré, lundi 19 août 2019, le président de la République, Joseph Kabila, pour solliciter une mesure de grâce en faveur du député Muhindo en dépit de multiples déclarations faites précédemment dans la presse nationale et internationale.

Prisonnier politique ou prisonnier pour la liberté d’expression ?

A l’analyse des faits, le député national Muhindo Nzangi peut être à juste titre considéré, en amont et en aval, comme victime de l’intolérance politique et de la liberté d’opinion. La grâce présidentielle sollicitée en sa faveur met, sans doute, le Chef de l’État devant un terrible dilemme au regard du nombre des prisonniers politiques et ceux de la liberté d’expression qui inondent les prisons de Kinshasa et de l’intérieur du pays. Tel est le cas des journalistes détenus dans le cadre de l’exercice de leur profession. La grâce présidentielle, par principe, devrait bénéficier tant aux prisonniers politiques qu’aux journalistes, car elle est censée ne pas avoir de couleur ni d’odeur.

L’espoir ennuyé…

Dans sa tenue bleue et jaune de détenu Nzangi, le condamné a également gardé son calme avec un petit sourire comme s’il avait présagé de l’issue du procès. Pour Maître Ruffin Lukoo Musubao, avocat du collectif de la défense, c’est tout simplement un procès politique.

La défense, le bâtonnier Matadi Wamba en tête, avait alors demandé l’abandon des charges faute d’infraction prouvée dans le chef de son client. Mais après une longue délibération, les juges de la Cour suprême de justice ont condamné le parlementaire à trois ans de prison ferme, une sentence prononcée dans la soirée devant une salle restée silencieuse.

Les machinations politiques roulent plus vite que la montre au pays de Lumumba. Les amis d’hier deviennent tôt les ennemis d’aujourd’hui. Les ennemis d’hier deviennent très vite les amis et ils n’ont pour mission que de s’en prendre à ceux qui voient positivement les choses et se souviennent de la douleur du peuple.

L’espoir s’est enflammée lorsque la fameuse « grâce présidentielle » s’en est passé de ce cas, sinon le député Muhindo Nzangi Butondo restera en prison jusqu’à la fin de la législature actuelle. Chose que les électeurs avertis de Nzangi et pauvre population du Kivu accepteraient à peine, quelque soit la dose de lâcheté ou d’infiltration. Loi d’amnistie ? Dernier espoir, mais pour ce cas le temps ne joue pas en faveur de la population car non représentée à l’hémicycle. En examen au sénat, la fameuse loi d’amnistie trainera encore dans les placards des décideurs avant d’entendre sa promulgation, vue la haute sensibilité qu’elle revêt. Pendant ce temps, l’élu du Kivu reste encastré dans une puante cellule à Makala. Ça ne bénéficie qu’à des politiques qui en avaient ras-le-bol de son éloquence et de son dévouement en faveur de ses électeurs que l’incrédulité nationale et internationale ne cesse de traîner dans la poussière.

La « LUCHA » – un mouvement citoyen de Goma – qui  en avait fait des manifestations pour demander la libération de l’honorable Nzangi, a tout simplement subi la dispersion et semble entendre la mise en application de la loi d’amnistie qui tarde et semble continuer à tarder. C’était un isolement ? Personne de peut le dire à l’instant, sauf le tortionnaire et sa ceinture…

Marcel-Héritier Kapitene © The Kivu Times – Wednesday, April 09, 2014

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