#Kinshasa : La #bancarisation de la paie de #fonctionnaire crée des longues files dans les institutions financières

Remplaçant la paie à la caisse reprochée de plusieurs irrégularités, la paie des fonctionnaires de l’Etat via les guichets des banques n’a pas apporté que bonheur à ses bénéficiaires. Des longues files d’attentes devant les guichets, des petits pots de vins aux vigiles et guichetiers remplacent peu à peu tant de maux reprochés aux comptables d’Etat avant la bancarisation de la paie à Kinshasa en République démocratique du Congo.

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C’est devenu coutume : chaque fin du mois, les guichets des banques sont envahis par fonctionnaires, policiers, militaires, etc. C’est la paie du personnel de l’Etat. La paie par voie bancaire est une nouvelle pratique en République Démocratique du Congo. Depuis l’époque coloniale, les entreprises et services publiques de l’Etat payaient les salaires de leurs fonctionnaires par l’entremise d’un comptable d’Etat ou à la caisse comme c’est encore le cas dans certaines entreprises privées de Kinshasa et de la RDC.

Ce système de paie de salaire soulevait des controverses et irrégularités du genre « opération retour » ou « sehemu ya kwangu » [se traduisant par ‘ma part’ en swahili, ndlr] – pratique consistant à retenir sans aucune contrepartie une partie du salaire à la caisse au profit de la hiérarchie du bénéficiaire ou de l’agent payeur – « frais de suivi », « frais de traitement », etc., mis à part la lenteur qui s’observait dans le processus de transmission des salaires à leurs bénéficiaires.

Tant décriée pour ses irrégularités, la paie par caisse a été remplacée par la celle par voie bancaire depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement en 2012.

Résoudre un problème par un autre

La culture bancaire étant moins rependue et les institutions financières étant peu nombreuses dans les villes et localités de la RDC, la nouvelle méthode a résolu un tas des problèmes pour en créer d’autres.

Depuis lors, ce sont des files d’attentes interminables devant les guichets des institutions financières bancaires commissionnées pour assurer le relais. Confrontées à un défi technologique, les banques de la RDC fonctionnent pour la plus part au ralenti suite à la faible bande passante leur fournis par les rares internet providers submergés par la demande. “Les agents de l’Etat sont si nombreux, nous nous efforçons de les alterner avec traditionnels clients mais ils s’impatientent et deviennent quelquefois insolents”, témoigne Onelundo Guy, agent dans une banque dans la commune de Barumbu. Des discussions et disputes intempestives sont d’actualité. “Certains agents de l’Etat se présentent au guichet sans connaître leurs numéros de compte, d’autres n’en ont même pas ”, souligne-t-il.

Dans une agence de la Trust Merchant Bank, un instituteur omis de la liste de paie s’en est pris en fin janvier 2014 au guichetier le soupçonnant de manœuvrer sa paie au profit d’un fictif.

Une périodicité lucrative

C’est souvent dans la deuxième quinzaine du mois que le pire s’observe. “Ce n’est pas aussi facile qu’on peut le croire, je suis obligé d’interrompre mon travail avant la fin de la journée pour venir retirer mon salaire « , renseigne Nzuji Odette, institutrice dans une école de la Nsele, banlieu de Kinshasa, rencontrée dans  le guichet d’une banque au centre-ville pour percevoir son salaire. En plus des frais de transport et du temps passé devant les guichets des banques, les fonctionnaires de l’Etat imaginent des gymnastiques pour contourner les longues files. « Les guichetiers sont parfois lents, mais c’est expressément qu’ils les font car il y a des agents qui perçoivent leurs salaires avant ceux qui se sont présenté en premier au guichet« , s’exclame Muzaliwa André, un blessé de guerre entendant sa solde dans l’agence d’une banque à Limete.

Les banquiers remettent le dysfonctionnement à la connexion à Internet. Mais au bas, se créent des affaires. Nzuji Odette a trouvé une alternative. « Pour ne pas chaque fois traîner, je donne 1000 francs congolais au gardien et à l’agent de police à la porte et ils me font entrer au guichet avant le temps« , nous convie-t-elle. Non loin d’ici, le policier Nlandu Thomas commis à la garde d’une autre banque, négocie les jetons d’accès au guichet entre 200 et 500 francs congolais. “La chèvre broute là où elle est attachée”, explique-t-il. “Je travaille du matin à tard dans la soirée en entendant que tout le monde passe, je dois essayer de trouver aussi quelque chose pour supporter ma famille”, nous convie-t-il.

Les cartes bancaires comme issue de sauvetage

Pour pallier ce disfonctionnement, les institutions bancaires de Kinshasa se tournent peu à peu à l’usage de la carte électronique. “Une alternative qui oblige des investissements et de la technologie”, renchérit le chef d’agence de la Banque Internationale de Crédit dans la commune de Kalamu. “Mais, elle permettra de désengorger les guichets”. Il en faudra peut-être aussi une large vulgarisation afin de permettre aux « nouveaux consommateurs des services bancaires » de s’en servir sans faille.

Dans des endroits moins bancarisés du pays, l’on recourt à des sociétés de télécommunication pour assurer la paie des fonctionnaires de l’Etat.

Mc.-Héritier Kapitene / The Kivu Times

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