#RDC-#USA : #Washington se désengage du #projet Inga 3

Le Congrès américain ayant opposé son veto

[Le Potentiel] – Les pressions de l’opinion publique américaine, à travers les ONG, ont poussé le Congrès américain à opposer une fin de non recevoir à tout soutien des États-Unis à des projets hydroélectriques d’envergure en Afrique et en Asie. Du coup, ce désengagement de Washington concerne aussi le projet Inga 3, malgré les assurances de l’administrateur de l’USAID, Rajiv Shah, de passage à Kinshasa en décembre dernier.

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Les assurances de l’administrateur de l’USAID n’ont pas pu fléchir la position tranchée du Congrès américain. Une victoire à mettre sur le compte de toutes les ONG- américaines surtout – qui se sont mobilisées pour interdire tout soutien américain à un projet hydroélectrique de la dimension d’Inga 3 dans la province du Bas-Congo.

Après un intense travail de lobbying, le Congrès américain s’est finalement aligné sur la position défendue par nombre d’ONG américaines. En réalité, il n’y aura donc plus d’argent américain dans le projet Inga 3. Ce qui rend par conséquent incertain la participation aussi bien de la Banque mondiale que de la Banque africaine de développement, deux institutions financières internationales acquises totalement à la cause des États-Unis.

Que Washington tourne aujourd’hui le dos au projet Inga 3, c’est tout le rêve du gouvernement qui vole en éclats. Pourtant, en décembre 2013, lorsque le Premier ministre accompagnait sur le site d’Inga l’administrateur général de l’USAID, la certitude se lisait sur son visage. Matata Ponyo Mapon était convaincu de la nette implication des États-Unis dans ce projet.

Aujourd’hui, c’est tout le contraire qui se produit. Contraint de se plier aux pressions de son opinion publique intérieure, Washington est sur le point de se désengager de ce projet.

COUP DUR POUR MATATA

La presse internationale qui relaie cette information est formelle. Le Congrès américain, rapporte-t-elle, s’est dit opposé à la construction de grands barrages.

Ceci expliquant cela, l’on comprend aujourd’hui pourquoi la Banque mondiale a reporté dernièrement la validation d’un prêt de 73 millions de dollars américains pour la construction de cette centrale hydroélectrique d’une capacité de 4 800 MW.

En effet, le Conseil d’administration de la Banque mondiale, qui représente ses 188 États-membres, avait, contre toute attente, reporté sine die sa réunion prévue le 11 février 2014 au cours de laquelle il devait valider un prêt de 73 millions de dollars en faveur du projet baptisé Inga III situé aux abords du fleuve Congo.

Depuis Washington, l’on avait tenté de dédramatiser la situation. « Nous avons reporté la présentation, devant notre Conseil, du projet d’assistance technique lié à la conception de l’exploitation du projet, mais il n’a pas été annulé », avait affirmé alors à l’AFP le porte-parole de la Banque mondiale, David Theis, sans préciser davantage les motifs de cette décision. « Notre engagement envers le projet Inga III reste inchangé », avait-il précisé, comme pour exclure tout désengagement de la Banque mondiale dans ce projet.

Avec le temps, la vérité commence à éclore. Certainement, la Banque mondiale a subi le diktat de Washington, lui aussi poussé par son opinion publique. C’est dire que le projet Inga est dans une mauvaise passe.

La vérité c’est que, sous pression d’ONG, le Congrès américain a donc déclaré son opposition aux grands barrages. La première victime, c’est bien évidemment le projet Inga 3 en République démocratique du Congo.

Pourtant, en mi-décembre l’administrateur de l’USAID, Rajiv Shah, a effectué une visite-éclair sur le site d’Inga, en compagnie du Premier ministre, Augustin Matata. Il avait, à l’occasion, donné toutes les garanties possibles du soutien du gouvernement américain dans la mise en œuvre de ce projet, évalué à 12 milliards de dollars.

Au cours de sa dernière tournée africaine, le président américain Barack Obama, avait inscrit cette visite dans la dynamique de son projet « Power Africa Initiative », qui devait poser les jalons pour accroître l’accès des Africains à l’électricité. Mais c’était sans compter avec l’influence de certaines ONG qui ont tendance à minimiser le rôle de la grande hydroélectricité dans la lutte contre le changement climatique. L’une d’elles, International Rivers, basée à Berkeley (Californie), qui prétend lutter dans l’intérêt des populations riveraines, combat tout projet de barrage d’une hauteur supérieure à 15 mètres.

Finalement, le 14 janvier dernier, International Rivers a obtenu une « victoire » retentissante en faisant insérer dans la loi de finances votée par le Congrès, que « le secrétaire du Trésor va donner instruction au directeur exécutif de chaque institution financière internationale que la politique des Etats-Unis est de s’opposer à tout prêt, don, stratégie ou politique qui appuie la construction d’un grand barrage hydroélectrique ».

Ce qui sous-entend un véto à l’intervention des Etats-Unis non seulement pour le projet Inga 3 en RDC mais aussi pour d’autres projets similaires prévus en Inde ou au Laos, en Asie.

TROUVER UNE SOLUTION ALTERNATIVE

Comment en est-on arrivé là ? C’est la question que tout le monde se pose. Et, à Kinshasa, le véto du Congrès américain est tombé comme un couperet. International Rivers a remporté le premier round dans cette grande bataille qui s’annonce d’ores et déjà très longue.

Dans ce lobbying, le gouvernement congolais se trouve pris à court par International Rivers qui est parvenu à allier une dizaine d’ONG à sa cause. Fin janvier, douze ONG congolaises ont adressé une lettre aux administrateurs de la Banque centrale mettant en doute la capacité de ce projet de combler le fossé énergétique en RDC et redoutant son impact sur les populations locales, dont la survie repose entièrement sur le fleuve Congo. Elles s’inspiraient alors de prétendus précédents constitués par la très réelle tragédie du barrage de Chixoy, au Guatemala.

Cependant, sur ce point précis, les avis sont partagés. Car rien ne prouve, commentent certains analystes, que le drame du Guatemala devait inévitablement se reproduire en RD Congo. Dans tous les cas, il est évident que le veto du Congrès va compliquer la mise en œuvre du projet Inga, surtout dans son volet financement. La position stratégique des États-Unis, à la fois actionnaire de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, deux institutions financières qui financent les études pour le développement d’Inga, va davantage compliquer la donne.

Est-ce pour autant que le projet Inga 3 est condamné à l’abandon. Ce n’est pas évident. Car la RDC, principal bénéficiaire de ce projet, a encore la latitude de multiplier des sources de financement. Mais le plus important reste d’allier d’abord les États-Unis à sa cause. Tout porte à croire que sans les États-Unis, le projet Inga risque de se révéler un projet mort-né.

Des études menées sur le terrain par la société d’ingénierie, SNC Lavallin, ont démontré que l’énergie à produire avec la centrale d’Inga 3 serait la plus compétitive au monde, soit l’équivalent de 2 cents de dollars par kilowatt/heure. L’Afrique a donc besoin de l’électricité propre d’Inga 3. L’Afrique du Sud a d’ailleurs choisi son camp, en adhérant totalement à ce projet.

Si le veto du Congrès excluait les États-Unis de ce projet, sans doute, la RDC et l’Afrique du Sud se tourneront vers d’autres partenaires qui pourraient se recruter parmi les rangs des pays émergents de l’Asie.

C’est dire qu’avec Inga 3, rien n’est encore joué. Convaincre les États-Unis à revenir à la raison ? Une tâche à laquelle devrait s’atteler en toute cause le gouvernement de la RDC.

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