#Sud_Soudan: Doutes sur l’intervention #militaire #ouganda-ise

L’autorisation rétroactive d’une intervention militaire au Soudan du Sud par le Parlement ougandais a soulevé de nombreuses critiques de la part des militants et des analystes.

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« Un Soudan du Sud stable et prospère est vital pour la paix, la sécurité et la stabilité de la région […] Il est toujours nécessaire de prévenir un éventuel génocide et d’autres atrocités contre l’humanité », est-il indiqué dans une motion adoptée le 14 janvier, près d’un mois après le déploiement de troupes par le président Yoweri Museveni pour évacuer les ressortissants ougandais et aider à protéger l’aéroport, le Palais législatif et d’autres lieux stratégiques de Juba.

Le « gouvernement a dû agir dans l’intérêt des plus de 200 000 Ougandais bloqués au Soudan du Sud », a dit au Parlement le ministre de la Défense, Chrispus Kiyonga, auteur de la motion.

« L’Afrique doit apprendre à se défendre elle-même. Nous avons vu ce qui s’est passé au Rwanda. Des millions de personnes ont été tuées sous les yeux des États africains et [des] Nations Unies. Nous ne devons pas permettre que cela se répète », a-t-il ajouté.

Au moins 1 000 personnes ont été tuées depuis le début des combats, le 15 décembre 2013, entre les troupes fidèles au président Salva Kiir et celle de l’ancien vice-président Riek Machar. Selon les estimations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 468 000 personnes ont été déplacées dans le pays et près de 84 000 ont cherché refuge dans les pays voisins.

Le lieutenant-colonel Paddy Ankunda, porte-parole de l’armée et du ministère de la Défense ougandais, a dit à IRIN que l’armée était prête à engager des combats et des offensives dans les zones rebelles, notamment à Bor, la ville principale de l’État du Jonglei.

(Peu après cette annonce de M. Ankunda, un premier avion d’aide humanitaire a atterri à Bor, avec des employés humanitaires, de la nourriture et des produits d’hygiène pour les personnes déplacées qui s’y sont réfugiées.)

« Nous sommes inquiets. Des centaines de personnes sont bloquées à Bor. La communauté internationale et les organisations humanitaires ne peuvent pas fournir de l’aide humanitaire à Bor à cause de l’insécurité. Nous devons créer un corridor humanitaire pour permettre l’accès des organisations humanitaires au secteur et venir en aide à la population », a-t-il dit à IRIN. « C’est une noble cause. »

Dans un discours prononcé le 16 janvier en Angola, M. Museveni a signalé que le 13 janvier, le gouvernement sud-soudanais avait « infligé une grande défaite » aux rebelles à la périphérie de Juba, avec l’aide des forces ougandaises. Selon lui, un grand nombre de rebelles ont été tués lors de cette incursion, tout comme des soldats des armées sud-soudanaise et ougandaise.

Partialité ?

Des experts de la région ont cependant critiqué l’initiative militaire de l’Ouganda, l’accusant de prendre parti dans le conflit au lieu de soutenir les efforts de médiation menés actuellement par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) à Addis Abeba, la capitale éthiopienne.

« Le déploiement de troupes en dehors d’un pays est une entreprise dangereuse. L’Ouganda a commis une erreur dans l’exercice de sa responsabilité régionale. Nous ne sommes pas autorisés à intervenir dans les affaires intérieures d’un État souverain quel qu’il soit, à moins d’y être autorisés par le droit international », a dit à IRIN Stephen Oola, analyste en justice et gouvernance transitionnelles pour le Refugee Law Project de l’université ougandaise de Makerere. « En prenant parti dans un conflit [dont] nous connaissons à peine les causes sous-jacentes, nous risquons de l’alimenter plutôt que de contribuer à y mettre fin. »

« L’Ouganda est devenu un obstacle contre une solution pacifique du conflit. Nous risquons de saper notre crédibilité en tant que voisin bien intentionné. Nous savons que les troupes ougandaises se sont toujours trouvées au Soudan du Sud pour d’autres raisons, mais prendre part aux hostilités contre l’un des camps d’un conflit interne, c’est une autre histoire », a-t-il poursuivi.

Aly Verjee, chercheur principal pour le Rift Valley Institute (RVI), est du même avis : « Si l’Ouganda déploie de nouvelles forces offensives au Soudan du Sud, le conflit risque de s’aggraver et la neutralité de la médiation de l’IGAD en serait menacée. Des divergences entre les membres de l’IGAD n’aideront pas le processus de paix ».

« Les rebelles ont plusieurs dizaines d’années d’expérience et n’auront aucun scrupule à attaquer des forces considérées comme partisanes. L’Ouganda a hébergé avec générosité des réfugiés et migrants sud-soudanais pendant des décennies et bénéficierait d’un Soudan du Sud stable et dynamique. L’Ouganda met en jeu sa réputation en s’aventurant militairement au Soudan du Sud », a dit M. Verjee à IRIN.

« Il faut cesser les hostilités au Soudan du Sud, car le problème ne peut manifestement pas être résolu par la voie militaire. Tout renforcement de l’action militaire ne ferait que diviser davantage et dissuader [quiconque] de soutenir le processus politique nécessaire pour résoudre le conflit », a dit à IRIN Aaron Hall, chercheur principal pour The Enough Project, un groupe antigénocide.

« Une approche ouverte et globale de la crise au Soudan du Sud, permettant d’envisager des solutions aux facteurs de conflits historiques, est nécessaire. Outre le processus politique en cours à Addis Abeba, il faut mener un dialogue national ouvert et général impliquant pleinement la société civile et traitant en priorité les questions décisives de redevabilité et de réforme de l’armée. Il faut impérativement que les alliés internationaux et régionaux encouragent toutes les parties au conflit à poursuivre une telle approche », a-t-il dit.

Le 30 décembre 2013, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a mis sur pied une commission d’enquête pour assurer la redevabilité, la réconciliation et le rétablissement parmi les communautés sud-soudanaises.

Taban Deng, chef de la délégation rebelle du Soudan du Sud dans les pourparlers de cessez-le-feu à Addis Abeba, a récemment exhorté l’Ouganda de retirer ses forces du pays en disant que leur présence faisait de l’Ouganda un négociateur malhonnête. « Nous craignons qu’un État membre de l’IGAD, l’Ouganda, [ait] décidé d’envahir mon pays », a-t-il dit.

« Cela remet réellement en question le rôle d’organe neutre de l’IGAD dans ces médiations. Les dynamiques – politiques et géopolitiques de la région – ne sont pas neutres et nous devons vraiment nous en soucier », a dit David Deng, directeur de l’ordre des avocats du Soudan du Sud, lors d’un évènement à Nairobi en janvier. « L’intervention militaire d’autres pays ne va clairement pas aider. »

« L’Ouganda doit jouer un rôle neutre au Soudan du Sud. Nous devons nous déployer dans le cadre de l’IGAD », a dit à IRIN Geoffrey Ekanya, porte-parole de l’opposition ougandaise pour les finances.

Multiplication des violations des droits de l’homme

Les groupes de défense des droits de l’homme craignent que l’effusion de sang conduise à de plus en plus de violences de la part des deux camps.

« La protection de civils est l’une de nos principales préoccupations. Amnesty International appelle toutes les parties au conflit au Soudan du Sud à respecter le droit humanitaire international et les droits de l’homme », a dit à IRIN Sarah Jackson, directrice régionale adjointe d’Amnesty International.

Le 10 janvier, le Conseil de sécurité des Nations Unies a demandé dans une déclaration la cessation immédiate de toutes les violations des droits de l’homme et a souligné que les personnes responsables allaient devoir répondre de leurs actes. Les membres du Conseil ont encouragé la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (UNMISS) à surveiller les violations des droits de l’homme, les vérifier, les signaler et mener des enquêtes à leur sujet.

L’Alliance de la société civile sud-soudanaise (South Sudan Civil Society Alliance, SSCSA) a condamné le conflit dans une pétition adressée au parlement du Soudan du Sud le 8 janvier et appelé à une résolution pacifique.

« L’approche militaire pour tenter de résoudre la crise actuelle n’est pas bien vue par la société civile », a dit Deng Athuai, président de la SSCSA, en remettant la pétition à la vice-présidente de l’Assemblée législative, Jasmine Samuel.

« Nous refusons que la guerre continue. La paix doit l’emporter. Le dialogue, la paix et le retour des personnes déplacées doivent avoir lieu sans condition », a-t-il dit.

The Kivu Times

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