Négociation RDC – M23 : Abordé le fond du problème

Les pourparlers de Kampala passent à côté de l’essentiel. Les délégués évitent – on ne sait pour quel mobile – d’aborder le vrai problème de la région des Grands Lacs. Personne n’est cependant dupe. Car le problème de la région des Grands Lacs est connu de tous. Il tire ses racines à partir de Kigali où se conçoivent les stratégies de déstabilisation de la région. Les experts des Nations unies, qui ont travaillé sur la crise dans l’Est de la RDC, l’ont prouvé noir sur blanc. Ignorer cette donne, c’est éloigner davantage la paix dans la région. Car, aussi longtemps que le Rwanda ne sera pas tenu à pendre un engagement ferme pour un retour rapide et durable de la paix dans le Grands Lacs, on aura fait du sur place. Les pourparlers de Kampala risquent de connaître le même sort que toutes les rencontres organisées en Afrique ou ailleurs sur la crise congolaise.

Une fois de plus, les pourparlers de Kampala semblent passer à côté de l’essentiel – le problème de fond, c’est-à-dire la question de l’implication des voisins de la RDC dans la crise des Grands Lacs, en l’occurrence le Rwanda et l’Ouganda, étant toujours reléguée au second plan. Mettre l’accent sur la libération des prisonniers ex-CNDP et la transformation du M23 ce serait recourir à des solutions éphémères qui portent en elles le germe d’un prochain conflit dans la région.

Le délai de 14 jours convenu par les chefs d’Etat et de gouvernement de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) pour la conclusion des pourparlers de Kampala, engagés depuis décembre 2012 entre Kinshasa et le M13, ne sera pas respecté. C’est juste le jeudi 17 septembre 2013, soit une semaine après la réouverture de ces négociations, que les deux délégations ont pu enfin se retrouver autour d’une table.

Les délégations du gouvernement et du M23 ont adopté à nouveau l’agenda des matières à traiter pour la suite de leurs pourparlers qui visent le retour de la paix dans l’Est de la RDC. Elles tenaient leur première réunion depuis la reprise le mardi 10 septembre 2013 des discussions suspendues en mai.

Les points retenus pour la discussion portent, notamment, sur la libération des prisonniers du CNDP, la transformation du M23, le retour et la réinstallation des réfugiés et déplacés internes, les biens expropriés par les rebelles, la réconciliation nationale, la justice, la mise en œuvre de la revue de l’accord de paix du 23 mars 2009.

Le facilitateur Crispus Kiyonga croit toujours en la possibilité d’un accord entre les deux parties.

REGARD TOURNE VERS NEW YORK

Pour l’instant, à Kampala, les discussions ont été suspendues. Tout le monde a le regard tourné vers New York où se tient aujourd’hui une réunion spéciale sur la région des Grands Lacs ; rencontre parrainée par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Avec cette réunion, les Nations unies espèrent relancer la machine grippée des négociations de Kampala. En effet, de profondes divergences continuent encore de diviser les deux parties.

Kinshasa ne cache pas sa réticence à faire de nouvelles concessions au M23. Pour sa part, ce groupe armé se montre de plus en plus inflexible. Certes, ce n’est pas encore le langage des sourds. Mais, à Kampala, les discussions évoluent à pas de tortue. Le dernier espoir viendrait peut-être de New York, avec l’implication effective des Nations unies.

N’empêche que l’agenda des discussions de Kampala soulève bien des interrogations. C’est notamment le fait de ramener à la surface le vieux dossier du CNDP, alors que ce mouvement rebelle appartient désormais au passé. L’on ne peut donc se voiler la face. Il y a une véritable machination derrière cet agenda éhonté et totalement en défaveur de la RDC. Les dix points de cet agenda font la part belle au M23.

Dans le fond, c’est comme si Kinshasa pourrait céder aux nouvelles revendications du M23. L’on se rappelle qu’en marge de la reprise des pourparlers de Kampala, comme convenu dans le cadre de la CIRGL, le M23 avait conditionné la cessation des hostilités par la neutralisation des FDLR et le retour des réfugiés congolais de souche rwandophone disséminés dans la région des Grands Lacs, principalement au Rwanda, en Ouganda et au Burundi.

Par la suite, ce groupe armé a aussi exigé de Kinshasa la création, avec l’accompagnement de la communauté internationale, d’une zone tampon autour de son bastion de Rutshuru.

Au départ, Kinshasa a fait de la résistance, se disant ne pas être prêt à céder au « chantage » du M23. Curieusement, l’agenda de travail adopté le mardi 17 septembre 2013 à Kampala dénote tout le contraire. Qu’est-ce qui s’est passé entre temps pour que Kinshasa fléchisse sa position ? Nul ne le sait. Le plus évident est que le gouvernement donne l’impression de s’être rétracté sur toute la ligne, au point où l’opinion publique ne sait plus à quel Saint se vouer. Dans la capitale congolaise, l’on tente encore de décrypter l’attitude des autorités congolaises.

Y a-t-il par exemple une raison de revenir sur la libération des prisonniers ex-CNDP, alors que tout le monde sait que le M23 est l’émanation directe du CNDP dont il a hérité tout le patrimoine. Et que, dans le même temps, le CNDP fait partie de la majorité au pouvoir et figure sur la liste de la délégation gouvernementale dans la capitale ougandaise.

Existerait-il encore des prisonniers ex-CNDP, lorsqu’on sait que l’accord du 23 mars 2009 sur lequel le M23 justifie sa création a déjà réglé cette question ? Autant d’éléments qui suscitent le doute sur la portée réelle des discussions de Kampala.

ABORDE LE FOND DU PROBLEME

Les pourparlers de Kampala passent à côté de l’essentiel. Les délégués évitent – on ne sait pour quel mobile – d’aborder le vrai problème de la région des Grands Lacs. Personne n’est cependant dupe. Car le problème de la région des Grands Lacs est connu de tous. Il tire ses racines à partir de Kigali où se conçoivent les stratégies de déstabilisation de la région.

Les experts des Nations unies, qui ont travaillé sur la crise dans l’Est de la RDC, l’ont prouvé noir sur blanc. Ignorer cette donne, c’est éloigner davantage la paix dans la région. Car, aussi longtemps que le Rwanda ne sera pas tenu à pendre un engagement ferme pour un retour rapide et durable de la paix dans le Grands Lacs, on aura fait du sur place. Les pourparlers de Kampala risquent de connaître le même sort que toutes les rencontres organisées en Afrique ou ailleurs sur la crise congolaise.

Aucun accord de paix n’aboutira dans la région, tant qu’aucune pression ne sera exercée sur le Rwanda. Malheureusement à Kampala, aucune dynamique ne se dégage dans ce sens – les parties se limitent à colmater les brèves en privilégiant des solutions éphémères.

[lePotentiel]

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